J’ai lu, en e-book, Marques de fabrique de Cécile Baudin (éd. Presses de la Cité, mars 2023, 420 pages), un roman noir historique se déroulant en 1893/1894, dans l’Ain, en pleine Révolution industrielle. Inspectrice départementale du travail, Claude Tardy est amenée à enquêter, avec son supérieur et mentor âgé, Edgar Roux sur deux décès suspects, à trois mois d’intervalle: le suicide d’un tireur d’or de la tréfilerie de Trévoux en décembre 1893 et le second, son sosie, un ouvrier des glacières, au bord du lac du Sylans. Cela les conduit aux Soieries Perrin de Saint-Jean-le-Vieux, une usine-pensionnat textile et à se rapprocher de l’une des religieuses, Sœur Placide qui a été bouleversée en accueillant, quelques semaines plus tôt, une des nouvelles orphelines qui ressemble à s’y méprendre à une des anciennes pensionnaires, Léonie dont elle est sans nouvelles depuis son mariage quinze ans plus tôt. Et si ces morts suspectes et disparitions inquiétantes étaient liées?

J’ai eu du mal au début avec le style d’écriture de l’autrice, en particulier l’emploi du présent. Puis, passant des investigations menées par Claude aux recherches de Sœur Placide, d’un chapitre à l’autre, jusqu’à ce qu’elles se rejoignent, il me tardait de connaître leur dénouement et de découvrir si mes hypothèses bien dramatiques voire même cyniques allaient ou non se confirmer. Cela a été bien le cas, même si le dénouement n’était guère crédible et trop capillotracté tout en étant, pourtant, fort cohérent avec les faits dénoncés d’une exploitation de la pauvreté et de l’impunité des puissants, dans une société patriarcale et à la course aux profits, à l’autosuffisance et à la recherche d’une main-d’œuvre la plus malléable possible. 

J’ai apprécié cette plongée dans l’Ain industriel de la fin du XIXème siècle avec différents métiers du monde ouvrier (tréfilerie, usine de glacière, mines de phosphate ou bien encore usine-pensionnat textile), la féminisation de l’Inspection du Travail (même si la jeune femme doit se travestir en homme pour contrôler les ateliers de machines ou avec des hommes), le travail des enfants et des femmes, pour une grande majorité d’entre eux élevés dans des orphelinats et la législation renforçant leur protection, droits et conditions de travail (âge minimum pour les enfants, durée de travail ou droit à l’éducation par exemple)… Un bon moment de lecture dans l’ensemble et avant tout pour sa dimension historique! 

De cette immersion dans le monde de la fabrique et de la soie, cela m’a fait penser avec Lyon pas très loin, aux Canuts (ma première lecture sur ce thème dont je me souviens encore sur une jeune lyonnaise de 11 ans, tissant la soie et souffrant de la tuberculose: Claudine de Lyon de Marie-Christine Helgerson (éd. Flammarion, coll. Castor Poche, 1984, 220 pages), un roman jeunesse pour les 9/12 ans).

Pour d’autres avis sur ce roman: Émilie et Bianca.

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