Pendant le RAT a week d’Halloween 2026, nous avons bien rigolé en lisant, avec mon mini sorcier, La Souris Sorcière et le Magichien d’Os de Rudy Spiessert (éd. L’École des Loisirs, mai 2025, 60 pages), un album jeunesse à partir de 5 ans. Dans la Forêt Mystérieuse, Sophie, la Souris Sorcière, assistée de l’araignée Mimouche qui miaule, vient en aide à Bertrand, le Magichien d’Os afin de chasser le terrifiant Chevalier Potiron qui terrorise les habitants du village de Tartifume. Le trio parviendra-t-il à faire cesser cette menace?
Avec mon mini sorcier, nous avons apprécié la référence au Magicien d’Oz, un de ses romans préférés, Bertrand se révélant un bien piètre magicien, lui qui rêve d’ouvrir un restaurant de gaufres et dont les traits rappellent ceux des Chiens Pirates. Le Chevalier Potiron m’a également fait penser à la légende du cavalier sans tête avec le film Sleepy Hollow de Tim Burton sorti en 1999 et que j’avais vu au cinéma, n’ayant toujours pas encore lu la nouvelle originelle de Washington Irwin parue pour la première fois en 1820.
Il y est ainsi question d’aventures un brin spooky pour se faire gentiment peur, d’amitié (avec la difficulté d’en nouer, par peur ou timidité), de courage, d’entraide, de préjugés… Un très bon moment de lecture avec une grande dose d’humour qui rappelle celui des Chiens Pirates (le tome 2) et qui se finit sur une note gourmande! J’ai déjà réservé à notre médiathèque le premier tome, La Souris Sorcière.
Participation #5 Challenge Halloween 2026 de de Hilde et Lou #Album jeunesse
Nous avons lu Les Raisins Sauvages de Ge Cuilin et Wu Jinglu (éd. Fei, mai 2016, 32 pages), un album jeunesse à partir de 4 ans. Dans un village chinois, une jeune gardeuse d’oies vit chez sa tante avec sa cousine aveugle du même âge qu’elle. Un jour, par jalousie, sa tante la rend à son tour aveugle. La petite fille part alors à la recherche d’un remède dans la montagne, le raisin sauvage étant le seul remède contre la cécité. Y parviendra-t-elle?
J’ai particulièrement apprécié les illustrations à l’aquarelle, aux tonalités bleues et vertes et au charme désuet. Elles apportent une douceur poétique à un récit plus classique dans sa forme et qui a été retravaillée en 2012 par l’autrice. Sa construction narrative est celui d’un parcours semé d’embûches jusqu’à la montagne sacrée. Comme les oies qu’elle a gardées, les différents animaux rencontrées permettront à la petite fille, courageuse et généreuse, d’aller au bout de sa quête et de rendre la vue aux aveugles. Il y est aussi question du Dieu de la Montagne. En effet, de nombreuses montagnes sont sacrées en Chine, que ce soit dans le taoïsme ou le bouddhisme. Un bon moment de lecture avec ce conte chinois paru pour la première fois en 1956 dans une autre version illustrée!
Participation #10 au Challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie #Conte chinois (1956)
Participation #36 Challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore #Album jeunesse
Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #5 Catégorie Mot au pluriel: « Raisins »
L’ayant acheté dès sa parution, j’ai lu, bien après mon mini lutin, La Belle et la Bête de Cécile Roumiguière et Benjamin Lacombe, d’après Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (éd. Albin Michel Jeunesse, février 2025, 80 pages), un album jeunesse à partir de 9 ans se déroulant en Vénétie, en Italie. Après l’acte condamnable de son père de retour de Venise, un vieux marchand ruiné qui avait cueilli une rose dans le jardin du château de la Bête, sa fille, Belle, ne voit pas d’autres choix, que d’accepter l’ordre impérieux de la Bête de s’installer auprès de lui. Mais ce qu’elle découvre est bien différent de ce qu’elle s’attendait. Un amour est-il possible entre eux afin de briser la malédiction?
J’ai beaucoup apprécié cette réinterprétation réussie et magnifiquement illustrée du conte originel. Comme dans le conte originel de 1740 ou sa version plus connue de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont parue en 1756, il y est question d’apparences trompeuses, de solitude, d’amour qui se tisse petit à petit et non d’amour-passion, de nature humaine et de bestialité ou monstruosité… Le récit est entrecoupé d’un personnage mystérieux qui semble observer de loin, sur une gondole naviguant sur les canaux de Venise, au large de l’île de Murono à l’instar de nous lecteur, le rapprochement de la Belle et la Bête au sein d’un château figé par la magie dans une ambiance mortifère et hivernale.
Le duo autrice/illustrateur s’inspire également, comme l’aurait fait en son temps Mme de Villeneuve, sur la la famille des Gonsalvus, dont le père Petrus Gonsalvus (ou Pedro Ganzales ayant vécu, sans doute de 1537 à 1618 et offert, à l’âge de 10 ans au Roi Henri II) souffrait d’hypertrichose (une pilosité excessive) et dont le mariage avec une belle jeune femme, Catherine Raffelin. D’ailleurs, Belle découvre la vie de leur fille, Antonietta (ou Tognita) dans un livre de la bibliothèque de la Bête. On pourrait même remonter à l’histoire d’Amour et Psyché dans les Métamorphoses d’Apulée.
Graphiquement, on retrouve l’univers foisonnant de Benjamin Lacombe, avec des aspects qui rappellent aussi le film de Jean Cocteau sorti en 1946 ou la version de Disney de 1991 ou de 2017. Un très bon moment de lecture avec une réécriture modernisant le conte originel avec la question du consentement et qui se termine sur un dossier fort instructif, comme toujours dans cette collection de classiques revisités de l’éditeur!
Participation #9 au Challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie #Conte revisité
Participation #4 Le Mois Italien 2026 d’Eimelle #Venise
Participation #35 Challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore #Roman illustré
J’ai commencé par lire Les Dames de Kimoto de Cyril Bonin (éd. Sarbacane, mars 2022, 112 pages), un roman graphique adaptant le roman éponyme de Sawako Ariyoshi et paru pour la première fois en 1959. On y suit la vie des femmes d’une même famille aisée des Matani, sur trois générations, en particulier d’Hana, de la préparation de son mariage arrangé par sa grand-mère à sa vie d’épouse auprès de Keisaku, de mère avec sa fille Fumio puis de grand-mère avec Hanako, de la toute fin du XIXe siècle jusqu’à son décès, dans les années 50, après la défaite japonaise entraînant la chute sociale de la famille. Par son mariage, Hana intègre une la famille Matani avec d’autres règles de vie. Éduquée, élégante et intelligente, elle tente de trouver sa place parmi son mari, ses beaux-parents, son beau-frère Kôsaku et les domestiques. Y parviendra-t-elle?
Il est ainsi question de l’évolution de la société japonaise sur plusieurs décennies avec son ouverture sur l’Occident, entre modernité, conflits, coutumes religieuses, traditions familiales et superstitions culturelles, de la condition de la femme japonaise, d’inégalités sociales, de la famille japonaise au sens large très hiérarchisée avec les branches principales et collatérales et les tensions que cela peut générer entre aînés et cadets, comme entre les deux frères Matani avec la jalousie et l’humeur agressive de Kôsaku, d’éducation, de fossé intergénérationnel à l’image de Fumio qui revendique l’émancipation féminine et l’égalité de sexes… Comment chacun des membres de cette famille réussira-t-il à concrétiser ses aspirations et trouver sa part de bonheur et de liberté? La relation entre Hana et Fumio s’apaisera-t-elle à la naissance de Hanako?
Graphiquement, les bulles à l’intérieur sont à l’image de l’illustration de couverture avec du rose, de l’ocre et du vert. Cela m’a plu même si j’ai regretté que les visages soient peu expressifs, cette monotonie allant certes de pair avec la rigidité de la société japonaise mais rendant plus difficile le déroulé chronologique du récit.
Puis j’ai lu quelques jours plus tard le roman originel en trois parties de Sawako Ariyoshi (éd. Folio, n°6552, novembre 2018, 320 pages), retrouvant la même structure narrative et même la plupart des dialogues. Cette adaptation graphique est fidèle même si j’ai trouvé, par exemple, plus finement amenée, dans le roman, l’audace discrète d’Hana qui a été élevée en matière d’étiquette et d’arts domestiques (cérémonie du thé, art floral et koto) pour être la parfaite bonne épouse et mère avisée et qui entraîne l’incompréhension et même la colère de sa fille alors que son éducation prônant l’élégance et la modestie comme vertus féminies a été un frein à son émancipation. Son mari Keisaku fait d’ailleurs passer ses aspirations politiques, son sens moral et sa réputation de bon chef de famille (maire du village puis candidat au conseil préfectoral…) avant sa vie de couple. Les deux époux se rejoignent sur l’importance de la respectabilité et de la réussite sociale, le regard des autres primant. Un bon voire très bon moment de lecture avec cette fresque familiale et sociale, même si on reste parfois à distance de leurs ressentis! Je conseillerai de lire le roman avant.
J’ai enfin noté quelques bulles gourmandes avec le repas de mariage, les fêtes de fin d’année en 1905 avec les fleurs de mochi (p. 44/45 de la BD) ou les fukumochi préparés par la belle-mère de Hana (p.108 du roman) ou les différentes cérémonies de thé, de saké ou repas en famille évoluant au fil des ans…
J’ai lu Je voulais vivre d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre (éd. Grasset, août 2025, 480 pages), un roman choral historique revenant sur le personnage de Milady, loin de l’image inventée par Alexandre Dumas dans Les trois mousquetaires, paru sous forme de feuilletons en 1844. Est-elle vraiment cette belle espionne sans scrupules aux ordres de Richelieu, usant de ses charmes et de son intelligence pour se jouer des trois mousquetaires et de D’Artagnan, leur véritable ennemie?
Intriguée par cette parution, j’étais contente de pouvoir l’emprunter à la médiathèque. J’ai apprécié ce portrait de femme et trouvé louable l’objectif de réhabilitation de ce personnage même si je l’ai trouvé trop moderne, faisant de la jeune femme une victime de son époque et non plus maîtresse de son destin, l’autrice tentant de tout justifier.
En effet, derrière ses nombreuses identités (Anne de Breuil, Comtesse de La Fère, Charlotte Backsonne, Lady de Winter…), se dessine une jeune femme indépendante, libre et résiliente, victime dès le plus jeune âge d’une société patriarcale. Orpheline à 6 ans après avoir échappé à ses cousins qui lui ont usurpé son héritage familial, elle est recueillie par le père Lamandre, un vieux prêtre bienveillant et confiée à un couvent de religieuses, Notre-Dame de Templemars. Mais à son décès, son nouveau tuteur trentenaire, le père Sanson ne voit en elle qu’une belle jeune fille de 13 ans. Doit-elle céder pour un meilleure vie? Puis plus tard, sa rencontre avec le jeune comte Olivier de La Fère semble lui offrir une nouvelle vie plus heureuse. Parviendra-t-elle à laisser derrière son passé et faire le bon choix, pour elle, son fils et son pays?
Il y est ainsi question de la condition de la femme, de libre-arbitre, de vengeances, de trahisons, de complots politiques entre la France et l’Angleterre avec le Cardinal de Richelieu et le Duc de Buckingham, de jalousie… Les courts chapitres s’enchaînent, analysant et éclairant différemment les actions de Milady jusqu’à sa mort, en septembre 1628, à 25 ans, exécutée sans procès par son premier mari Athos, d’Artagnan, Artémis, Porthos, son beau-frère Percy de Winter et le bourreau de Lille… La jeune femme devient ici une victime résiliente d’abus sexuels puis de violences conjugales (Athos l’enfermant dans une relation toxique, par jalousie possessive, allant jusqu’à la pendre en découvrant la fleur de lys sur son épaule) ou patriarcales, la jalousie des cousins de son père, lorsqu’elle est fillette puis de Percy de Winter, frère cadet lorsqu’elle épouse le lord anglais homosexuel…En quoi est-elle si différente de Constance Bonacieux?
L’autrice se penche également sur les derniers jours de D’Artagnan, lors du siège de Maastricht en juin 1673, dont l’aide de camp, Philippe de Saint-Chamasne semble finalement ne rien avoir appris de cette confession, en ne faisant que reproduire le même geste de condamnation envers Milady. Un bon moment de lecture qui apporte un autre regard sur cette jeune femme qui ne voulait que vivre, même si on perd le côté roman de capes et d’épées pour un aspect plus sociétal et un propos très (trop) contemporain! Cela m’a donné envie de relire Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas (éd. Flammarion, rééd. janvier 2025, 833 pages) ou faire découvrir le dessin animé de 1981 à mon mini lutin qui connaît déjà la chanson du générique.
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