Au fil des pages avec Récitatif

J’ai lu Récitatif de Toni Morrison (éd. Christian Bourgeois, août 2022, 140 pages), la seule nouvelle de cette autrice publiée pour la première fois aux États-Unis en 1983. Plusieurs fois dans leur vie, Twyla et Roberta se croisent, après une première rencontre à 8 ans, dans les années 50, au foyer de St-Bonaventure « St-Bonny » dans lequel elles vont nouer une forte amitié pendant 4 mois, se trouvant des points communs (non orphelines puisqu’elles ont une mère défaillante, mauvaises élèves et soudées face à la méchanceté des plus grandes, déportant leur animosité sur une personne plus vulnérable qu’elle: Maggie, la vieille cuisinière du foyer, muette et « de couleur sable »). Chaque rencontre fortuite les font se replonger dans leur passé, notamment sur ce qui est arrivé à Maggie et témoignent d’un parcours de vie différent. Que peut-il subsister de leur amitié enfantine? 

Au-delà des destins croisés des deux héroïnes, entre souvenirs, culpabilité, souffrances et jalousie, cette nouvelle est pour le moins déstabilisante tant elle nous met nous lecteur comme troisième protagoniste, Toni Morrisson faisant le choix audacieux, pour évoquer « la question raciale », de ne pas dévoiler la couleur de peau de Twyla et Roberta, si ce n’est que l’une est Blanche et l’autre est Noire. Mais qui est qui? Rien n’est moins sûr tant notre perception se modifie au fil des phrases. Cela interroge ainsi nos idées et représentations préconçues, préjugés et biais de pensée, terreau propice aux dérives identitaires et politiques…

Mais cela a-t-il vraiment son importance dans les expériences vécues par ces deux femmes? Peu importe notre couleur de peau, les expériences humaines sont similaires. Au fil des années, leurs désaccords sont plus liés à leur différence de classe sociale, Roberta ayant réussi socialement alors que Twyla est restée pauvre. D’ailleurs, la postface de Zadie Smith tout aussi longue de la nouvelle l’analyse et éclaire sur le plan historique certains indices disséminés pour mieux nous faire douter par Toni Morrison, comme les lieux choisis qui ne seront plus forcément parlant à un lecteur (non-américain) des années 2020. Une nouvelle à lire indéniablement! 

Pour d’autres avis sur cette nouvelle: Enna, Blandine.

Participation #4 AAHM Challenge 2026 d’Enna

8 Comments

  1. Audrey Light And Smell

    Je n’ai jamais lu l’autrice alors je note cette nouvelle qui semble permettre une première approche convaincante de sa plume.

    • Jojo

      Peut-être alors, je n’avais lu d’elle que Beloved dont le style d’écriture est particulier et plus abscons

  2. Alexandra

    A une époque j’ai beaucoup lu Toni Morrison. Je n’ai malheureusement pas pu me joindre à cette lecture dans le cadre du challenge d’Enna.

    • Jojo

      J’ai vu que tu avais participé à ce challenge avec d’autres romans intéressants et dont certains sont dans ma longue liste à lire un jour…

  3. Enna

    Je partage ton avis, une nouvelle très intéressante! Merci de ta participation (et grâce à toi, je découvre que je n’avais pas le lien de Blandine de 2022, je l’ai donc ajouté au recap général)! N’hésite pas à m’envoyer d’autres liens si tu en as 😉

    • Jojo

      J’ai encore quelques emprunts à lire alors ce sera pour mars, bon dimanche!

  4. Hedwige

    Enfin et grâce à toi, je vais me lancer dans un écrit de cette dame célèbre dont les livres ne m’avaient jamais attirée.
    Merci !

    • Jojo

      J’espère alors que tu apprécieras cette lecture fort originale dans le fait questionner le lecteur lui-même sur son propre rapport à la « question raciale »

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