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Au fil des pages avec Nourrices

J’ai lu Nourrices de Séverine Cressan (éd. Dalva, août 2025, 272 pages), un court roman se déroulant dans la campagne française, sans doute au début du XIXe siècle. Épouse d’un bûcheron Andoche et d’un petit garçon Jehan, Sylvaine devient une nourrice comme d’autres femmes de son village. Pour sa première fois, elle se voit confier un bébé de la Ville, Gladie Chagnon, sa jeune mère étant une domestique devant être nourrice du bébé de la famille bourgeoise qui l’emploie. Mais lorsque le bébé décède, elle l’échange avec un autre bébé abandonné avec un carnet qui raconte son histoire quelques jours plus tôt dans la forêt. Mais le subterfuge pourra-t-il tenir alors que, quelques mois plus tard, Sylvaine se retrouve, à nouveau enceinte et entraînant alors le sevrage du bébé dont elle a la garde? 

J’ai été déconcertée par un premier chapitre qui pose le ton du récit, dans une dimension ésotérique et onirique ainsi que l’insertion de courts poèmes auxquels je n’ai pas été sensible tant ils m’ont paru incongrus. Il est avant tout question de la relation maternante, très charnelle, de Sylviane à l’égard des enfants, que ce soit les siens ou ceux recueillis. Je m’attendais à ce que le système des nourrices soit plus détaillé et plus réaliste, celles-ci passant ici par un intermédiaire méprisable, La Chicane qui sert de meneur en faisant le lien entre le bureau de placement ou l’orphelinat, récupérant les enfants placés par leur famille ou abandonnés dans les tours d’abandon et en distribuant les salaires.

La marchandisation des corps des femmes allaitantes y est pourtant bien montrée, pour des raisons avant tout économiques, que ce soit du côté de la nourrice ou de la mère confiant son nourrisson pour pouvoir continuer à travailler, souvent du milieu urbain ouvrier, ou lorsque la mère appartient à la bourgeoisie, pour des raisons sociales (mondanités, signes extérieurs de richesse d’avoir une nourrice à demeure ou tabou des relations sexuelles pendant l’allaitement, ce qui entraîne un retour de couches précoces et de nouvelles grossesses…).

J’aurai également apprécié des personnages moins caricaturaux, entre la « brave » paysanne bientôt veuve, le détestable meneur profiteur qui se fait de l’argent sur le dos de ses pauvres nourrices, la « méchante » nourrice qui fait peu de cas des bébés confiés sans qu’il n’y ait la moindre conséquence, une vieille femme connaissant les secrets des plantes et un brin sorcière, une jeune domestique à la merci de son riche employeur qui l’a violée mais sachant lire et écrire, une mère bourgeoise mondaine dont l’emprise du mari et la perte de son bébé la pousseront dans la folie…

Sont ainsi dépeints différents figures liées par cette industrie du lait entre les mains des hommes ayant eu cours jusqu’au début du XXe siècle et étant bien ancienne, d’abord au sein de l’aristocratie française où il était mal vu d’allaiter, acte perçu comme rabaissant le corps à sa partie bestiale et servant de contraception allant à l’encontre de produire un héritier. Mais n’est-ce pas aux femmes de choisir et d’être libres de leur corps, sans contrôle patriarcal permanent et oppressant? 

Il y est ainsi question de la mise en nourrice à emporter ou sur lieu, de la surmortalité infantile très élevée qui en découle et qui aboutira à la Loi Roussel du 23 décembre 1974 sur la protection des enfants du premier âge (« Tout enfant âgé de moins de deux ans, qui est placé, moyennant salaire, en nourrice, en sevrage ou en garde, hors du domicile de ses parents, devient, par ce fait, l’objet d’une surveillance de l’autorité publique ayant pour but de protéger sa vie et sa santé »). Un lecture en demi-teinte qui vaut surtout pour la mise en avant du métier de nourrices, sevreuses ou gardeuses dont le rôle était si importante dans la vie de nombreux nourrissons, avant l’arrivée du lait en poudre stérilisé et du développement au XXe siècle de la mère au foyer permettant l’allaitement, pour des raisons encore une fois financières avant l’intérêt de l’enfant et de la création des lactariums qui permettent le don de lait maternel! 

Pour d’autres avis plus enthousiastes sur ce roman: Eimelle et Alexandra.

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Mot au pluriel: « Nourrices »

 

Au fil des pages avec Marques de fabrique

J’ai lu, en e-book, Marques de fabrique de Cécile Baudin (éd. Presses de la Cité, mars 2023, 420 pages), un roman noir historique se déroulant en 1893/1894, dans l’Ain, en pleine Révolution industrielle. Inspectrice départementale du travail, Claude Tardy est amenée à enquêter, avec son supérieur et mentor âgé, Edgar Roux sur deux décès suspects, à trois mois d’intervalle: le suicide d’un tireur d’or de la tréfilerie de Trévoux en décembre 1893 et le second, son sosie, un ouvrier des glacières, au bord du lac du Sylans. Cela les conduit aux Soieries Perrin de Saint-Jean-le-Vieux, une usine-pensionnat textile et à se rapprocher de l’une des religieuses, Sœur Placide qui a été bouleversée en accueillant, quelques semaines plus tôt, une des nouvelles orphelines qui ressemble à s’y méprendre à une des anciennes pensionnaires, Léonie dont elle est sans nouvelles depuis son mariage quinze ans plus tôt. Et si ces morts suspectes et disparitions inquiétantes étaient liées?

J’ai eu du mal au début avec le style d’écriture de l’autrice, en particulier l’emploi du présent. Puis, passant des investigations menées par Claude aux recherches de Sœur Placide, d’un chapitre à l’autre, jusqu’à ce qu’elles se rejoignent, il me tardait de connaître leur dénouement et de découvrir si mes hypothèses bien dramatiques voire même cyniques allaient ou non se confirmer. Cela a été bien le cas, même si le dénouement n’était guère crédible et trop capillotracté tout en étant, pourtant, fort cohérent avec les faits dénoncés d’une exploitation de la pauvreté et de l’impunité des puissants, dans une société patriarcale et à la course aux profits, à l’autosuffisance et à la recherche d’une main-d’œuvre la plus malléable possible. 

J’ai apprécié cette plongée dans l’Ain industriel de la fin du XIXème siècle avec différents métiers du monde ouvrier (tréfilerie, usine de glacière, mines de phosphate ou bien encore usine-pensionnat textile), la féminisation de l’Inspection du Travail (même si la jeune femme doit se travestir en homme pour contrôler les ateliers de machines ou avec des hommes), le travail des enfants et des femmes, pour une grande majorité d’entre eux élevés dans des orphelinats et la législation renforçant leur protection, droits et conditions de travail (âge minimum pour les enfants, durée de travail ou droit à l’éducation par exemple)… Un bon moment de lecture dans l’ensemble et avant tout pour sa dimension historique! 

De cette immersion dans le monde de la fabrique et de la soie, cela m’a fait penser avec Lyon pas très loin, aux Canuts (ma première lecture sur ce thème dont je me souviens encore sur une jeune lyonnaise de 11 ans, tissant la soie et souffrant de la tuberculose: Claudine de Lyon de Marie-Christine Helgerson (éd. Flammarion, coll. Castor Poche, 1984, 220 pages), un roman jeunesse pour les 9/12 ans).

Pour d’autres avis sur ce roman: Émilie et Bianca.

Participation #5 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Roman noir historique

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #2 Catégorie Mot au pluriel: « Marques »

Au fil des pages avec Miss Peregrine et les enfants particuliers

J’ai lu, en e-book, Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs (éd. Bayard Jeunesse, février 2012, rééd. septembre 2016, 443 pages), le premier tome de 6 romans jeunesse à partir de 12 ans. Jacob « Jake » Portman, âgé de 16 ans, a bien dû mal à se remettre du décès de son grand-père Abe qui lui a toujours parlé de sa vie passée dans un orphelinat dirigé par Miss Peregrine Faucon, pendant la Seconde Guerre Mondiale, sur l’île de Cairnholm, au pays de Galles, afin de fuir avec d’autres enfants juifs la menace nazie. Avec l’autorisation de son psychiatre, il se rend avec son père, ornithologue amateur, sur l’île afin d’en savoir plus sur le passé de son grand-père. Mais l’orphelinat est désormais en ruines, ayant été bombardé par les Allemands dans la nuit du 3 septembre 1940. Et si pourtant les récits fabuleux et fantastiques de son grand-père sur les enfants aux dons surnaturels devant se cacher de « monstres » pouvaient se révéler véridiques?

Il y est ainsi question du sort des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale sous un angle fantastique, de secrets de famille, de relation père/fils, que ce soit celle de Jacob avec son père ou de son père avec son propre père Abe, d’amitié et de courage pour affronter les Estres…

Je n’avais pas fait attention qu’il s’agissait d’un roman jeunesse pour si jeunes lecteurs, le pensant plus pour un lectorat adolescent, ce n’est qu’en cours de lecture que je suis allée vérifier, ce qui fait que les péripéties s’enchaînent de façon un peu trop simples voire simplistes (un jeune sauveur providentiel qui découvre ses pouvoirs surnaturels) et que l’histoire manque d’un peu plus de frissons, surtout face au méchant.

Même si les enfants particuliers ont l’apparence d’adolescents, leur croissance physique ayant été bloquée par la boucle temporelle, ils n’en sont pas moins de l’âge du grand-père décédé de Jacob, leurs réactions m’étant alors apparus peu compatibles avec leur véritable âge et donc leur maturité. Enfermés dans une boucle temporelle pour leur protection, ils sont tiraillés entre leur insouciance et joie de vie juvénile, les menaces qui pèsent sur eux et leur envie de découvrir le monde moderne par exemple.

Même si les facilités scénaristiques m’ont empêché d’apprécier pleinement cette histoire, j’ai toutefois bien apprécié les nombreuses photos en noir et blanc ou sépia qui ponctuent le récit, à l’image de la photo de couverture, qui apportent une touche de fantastique et de mystère surannée et originale dont je comprends qu’elle ait pu plaire à Tim Burton qui l’avait adapté en film en 2016 et qui servent de fil conducteur à l’histoire, Jacob les découvrant dans les affaires de son grand-père et dans l’orphelinat en ruines. Cela apporte une dimension nostalgique et mystérieuse, comme si on plongeait avec le personnage principal dans le passé de son grand-père.

Je ne pense pas continuer à lire la suite de  leurs aventures ou peut-être plus tard, quand mon mini lutin sera en âge de lire cette série.

Challenge Petit Bac d’Enna #5 Catégorie Personne humaine: « Enfants »

Participation # (Parcours littéraire) Challenge Le tour du monde en 80 livres 2024 de Bidib #États-Unis

Au fil des pages avec Les trois brigands

Nous lisons et relisons Les trois brigands de Tomi Ungerer (éd. L’école des loisirs, rééd. 2011), un album jeunesse à partir de 6 ans paru pour la première fois en 1968 et que mon mini sorcier a voulu emprunter à la médiathèque après avoir été attiré par l’illustration de couverture. Cela faisait plusieurs années que je voulais l’emprunter à la médiathèque pour Halloween mais il n’était jamais disponible. C’est chose faite et il nous a plu.

Dans des temps anciens, trois brigands volent tous ceux qui croisent leur route jusqu’au jour où ils rencontrent une jeune orpheline, Tiffany. Les trois voleurs deviendront-ils bons et généreux en venant en aide aux orphelins?

Avec des illustrations très simples et épurées, l’histoire fait la part belle aux bons sentiments avec trois brigands pas si méchants que ça et qui deviennent les protecteurs des orphelins, un peu à la façon d’un Robin des Bois. Il y est question de rédemption, de générosité et d’adoption. Un très bon moment de lecture avec ce classique de littérature jeunesse, même si le basculement des trois brigands se fait très rapidement! J’ai également vu qu’il existait une adaptation en film d’animation sorti en 2007 et que je viens d’emprunter à la médiathèque. Peut-être que le changement d’attitude des trois brigands sera plus travaillé que dans l’album jeunesse…

Participation #6 Challenge Halloween 2022 de Hilde et Lou #Album jeunesse

Participation #13 Challenge 2022 en classiques de Blandine et Nathalie #Classique de la littérature jeunesse

Challenge Petit Bac d’Enna #6 Catégorie Chiffre: « Trois »

Participation #92 Challenge Le tour du monde en 80 livres de Bidib #France

Participation #24 Challenge Contes & Légendes 2022 de Bidib #Conte moderne

Au fil des pages avec Le tout petit bébé de la rivière

J’emprunte à la médiathèque Le tout petit bébé de la rivière d’Armelle Modéré (éd. Albin Michel Jeunesse, 2017), un album jeunesse à partir de 5 ans (voire plus grand) et abordant l’abandon des petites filles en Inde. Un matin, au bord de la rivière, une vieille éléphante pauvre, Alhadita découvre un nourrisson abandonné, une petite fille qu’elle adopte et appelle Ambu. La petite fille grandit auprès d’elle. Mais un jour, Alhadita se blesse. Sur le chemin de l’hôpital, un autre nourrisson est trouvé et Ambu en apprend plus sur son passé.

Quel thème dur abordé avec beaucoup de douceur par Armelle Modéré! Le destin de nombreuses petites filles en Inde est tragique. Abandonnées dès la naissance, la mort attend la plupart d’entre elles. Celles qui survivent finissent dans des orphelinats et quelques-unes sont adoptées comme Ambu. Le fait que les personnages soient des animaux anthropomorphes atténue cette douloureuse réalité basée, comme le rappelle l’avant-propos, sur d’anciens préjugés et le coût de la dot à payer à la famille lors du mariage d’une fille qui ont malheureusement encore cours en Inde. Il y est aussi question de pauvreté et de l’accès à l’école. Un album jeunesse qui se veut malgré tout optimiste avec cette très jolie relation parent/enfant entre Alhadita et Ambu!

Participation #1 Les Étapes Indiennes 2021 de Hilde #6 Jeunesse indienne

Challenge Petit Bac d’Enna #6 Catégorie Lieu: « Rivière »

challenge 2021 lire au féminin

Participation #7 au Challenge Lire au féminin de Tiphanya #Auteure européenne

Participation #24 Challenge Des livres (et des écrans) en cuisine de Bidib et Fondant #Thé

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