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Au fil des pages avec Le goût du cresson

Repéré chez Mélissande, j’ai emprunté à la médiathèque Le goût du cresson d’Andrea Wang et Jason Chin (éd. Hong-Fei, octobre 2024, 40 pages), un album jeunesse à partir de 8 ans et au format à l’italienne. Sur une route de l’Ohio, une adolescente se sent bien honteuse quand ses parents décident de ramasser du cresson sauvage au bord de la route, contrairement à son jeune frère. De retour à leur domicile, elle refuse de manger le plat préparé avec cette cueillette. Et si c’était l’occasion pour sa mère de lui parler de son enfance en Chine?

L’histoire est touchante, tout en pudeur et en retenue. Il y est question de transmission culturelle avec une famille d’immigrés chinois venus s’installer aux États-Unis pour fuir la pauvreté, de la difficulté de communiquer entre parents et enfants, l’adolescente culpabilisant d’avoir honte face au silence parental, bien trop pesant. Et si la libération de la parole maternelle permettait de créer de nouveaux souvenirs et de voir la richesse de cette double culture sino-américaine? Les illustrations m’ont également beaucoup plu, très réalistes et expressives. Elles accompagnent à merveille ce témoignage, le récit de l’autrice étant en partie autobiographique. Un bon voire très bon moment de lecture!

Participation #21 Challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore #Album jeunesse

Au fil des pages avec Le secret de Briar’s Hall (T4)

J’ai lu, en e-book, Le secret de Briar’s Hall, une enquête de Loveday & Ryder de Faith Martin (éd. Harper Collins, juin 2021, 285 pages), le tome 4 de cette série « cosy mystery » se déroulant à Oxford, en avril 1961. Au cours de la chasse aux œufs de Pâques organisée pour les enfants du village sur la propriété de Briar’s Hall, un des enfants, Eddie Proctor âgé de 11 ans, disparaît. Son corps est retrouvé dans un puits. Est-ce vraiment un accident tragique? A la demande du propriétaire du manoir, Martin de Lacey, le Dr Clement Ryder est autorisé à rouvrir l’enquête assistée de la jeune stagiaire de police, Trudy Loveday. Qui aurait voulu s’en prendre à la victime dont le père est un des ouvriers agricoles du domaine et qui était un ami d’Emily de Lacey, la fille du propriétaire, les deux enfants s’amusant à jouer aux espions sur la propriété? Et si leurs jeux d’enfants avaient mal tournés? 

J’ai apprécié retrouvé ce duo d’enquêteurs sur une enquête plus complexe qu’ils ne le pensaient. Arriveront-ils à démêler le vrai du faux tout en surmontant leurs problèmes personnels? Que cache l’hostilité de la gouvernante, Mme Roger qui les tient loin de la jeune Emily? Doivent-ils également regarder du côté de la rivalité entre Martin de Lacey et son cousin Oliver, professeur à l’université d’Oxford enseignant dans le domaine du nucléaire, les deux courtisant la même jeune femme, Melle Chandler, une riche héritière américaine? 

Derrière l’enquête qui prend son temps, on découvre un peu plus la société anglaise des années 60, notamment à travers la condition de la femme, l’homosexualité (Trudy restant bien naïve sur ce sujet) ou l’arrivée des postes de télévision au sein des foyers, le programme nucléaire en pleine Guerre froide… Mais j’ai trouvé que l’autrice s’épanchait un peu trop à mon goût sur les craintes du Dr Ryder autour de sa maladie de Parkinson ou sur les réticences des parents de Trudy à la voir exercer son métier de policière plutôt que de se marier avec son ami d’enfance, Brian. Malgré leur amitié et le respect mutuel, ni le Dr Ryder ni Trudy n’ose se confier l’un à l’autre. Le feront-ils dans les prochains tomes? Encore une lecture bien agréable! Je lirai la suite en espérant que l’intrigue soit plus prenante que celle-ci.

Participation #12 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Cosy mystery

Au fil des pages avec Le baiser de glace et autres nouvelles

Pour une lecture commune avec Nathalie et Isabelle dans le cadre du Challenge 2026 sera classique aussi!, j’ai lu Le Secret de la Ferme-Grise de Mary Elizabeth Braddon (éd. Le Masque, rééd. 2004, 96 pages), une nouvelle également parue sous le nom de L’Intendant Ralph et publiée pour la première fois en 1861 en Angleterre. J’ai pu la lire grâce à la bibliothèque romande numérique. 

Au décès de Martin son frère aîné de deux ans, Dudley Carleon, âgé de 21 ans hérite de la propriété familiale de Ferme-Grise et des terres agricoles bordant une rivière bien trop souvent à crue, près du village d’Olney-Sur-Trent, en Angleterre. Les années passent et Dudley demeure toujours aussi inconsolable, réussissant à maintenir à flot la propriété, grâce au soutien sans faille de son intendant Ralph à la présence si serviable quoique oppressante tant il semble s’immiscer dans les affaires du jeune homme. Le mariage de Dudley avec Jenny, jeune et jolie pupille à peine majeure du recteur Marlow et amie de la fiancée endeuillée de Martin, Agnès changera-t-il cette situation pesante? Cette dernière doit-elle écouter la mise en garde de son amie Agnès? Quels sombres secret se cachent dans la Ferme-Grise? Malgré les années, le décès soudain de Martin interroge encore. Est-il vraiment lié à l’insalubrité des lieux ou Jenny doit-elle écouter la mise en garde de son amie Agnès?

J’aurai bien pu garder cette nouvelle victorienne pour l’automne, tant il y pleut et tant l’ambiance est gothique et inquiétante. On y retrouve tous les ingrédients propres à ce type de récits: un lieu de vie bien peu accueillant, un décès suspect, une relation bien intrigante entre un propriétaire terrien et son intendant, une jeune femme dont la vie semble en danger… Un bon moment de lecture avec cette lecture à la tension dramatique allant crescendo au fil des pages, même si on devine rapidement ce qui se trame dans ces lieux! Le format étant court, cela évite les longueurs du roman-feuilleton sensationnel comme peuvent l’être ceux de Wilkie Collins par exemple. On peut comprendre que cela a été précurseur des romans à suspense ou thrillers psychologiques de notre époque. Je coche d’ailleurs au passage les cases « campagne anglaise » et « poison » du bingo meurtrier du challenge Un hiver Polar 2026.

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J’ai également lu 3 autres nouvelles de Mary Elizabeth Braddon dans le recueil Le baiser de glace et autres nouvelles (éd. de l’Aube, février 2021, 111 pages), de courtes nouvelles pour gentiment frissonner, au coin du feu, lors de longues soirées d’hiver ou d’automne. Le baiser de glace est une très courte nouvelle aux tonalités fantastiques (17 pages), parue pour la première fois en 1860 avec le destin tragique d’un jeune étudiant qui part à l’étranger et délaisse sa fiancée, sa cousine Gertrude qui désespérée, se  suicide la veille de son mariage arrangé au nom de leurs vœux échangés. Et si le véritable amour pouvait survivre à la mort? Là encore j’ai apprécié la descente aux enfers du jeune homme qui apparaît pourtant fort antipathique tant il est insouciant et inconstant, face au chagrin d’amour de sa cousine. Aucune échappatoire ne semble plus possible, pris au piège d’un amour devenu à sens unique, du fait de leur éloignement. 

La deuxième nouvelle de ce recueil, la plus longue (52 pages), Le mystère de Fernwood parue pour la première fois en 1861 relate le séjour de la jeune et riche héritière Isabel âgée de 20 ans (la narratrice), avec sa tante, dans le manoir de Fernwood, la propriété familiale délabrée de son joyeux et volubile fiancé Laurence bientôt majeur (21 ans), dans le comté d’York, en Angleterre. J’ai une nouvelle fois bien apprécié le style d’écriture de cette autrice même si on se doute bien du drame qui couve et du mystère de la demeure avec ce mystérieux parent pauvre et malade de la famille qui ne quitte jamais sa chambre dans l’aile gauche du château, la sœur aînée de son fiancé, Lucy lui servant de garde-malade. Le drame est-il inéluctable? Comme dans L’intendant Ralph, on retrouve ici aussi un lieu de vie isolé et sinistre dans la campagne anglaise, de jeunes orphelins souhaitant se marier, un secret et des phénomènes inquiétants… Cela m’a rappelé d’autres romans avec un mystérieux locataire comme Jane Eyre ou Le jardin secret… 

Enfin, la dernière nouvelle, La vengeance de Samuel Lowgood (21 pages), parue elle-aussi pour la première fois en 1861, le narrateur, Samuel Lowgood revenant sur son animosité à l’égard de son beau collègue et fils de gentleman, Christopher Weldon au sein de la maison Tyndale & Tyndale, armateurs à Wilborough. Jusqu’où peut aller sa jalousie lorsque ce dernier commence à courtiser la jolie et douce Lucy dont il est amoureux? J’ai également apprécié ce court récit où il est question de rivalité entre deux orphelins au statut social différent et de trahison. 

Un bon moment de lecture avec ces nouvelles! Il est certain que je continuerai à découvrir cette autrice peut-être cette fois un de ses romans comme Sur les traces du serpent

Pour d’autres avis sur cette lecture commune: Nathalie et Isabelle (qui a aussi lu Le baiser glacé).

Participation #6 au Challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie #Nouvelles victoriennes (1860 et 1861)

Participation #10 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Nouvelle à suspense

Au fil des pages avec Quelque chose à te dire

J’ai lu Quelque chose à te dire de Carole Fives (éd. Gallimard, août 2022, 176 pages), un court roman contemporain se déroulant principalement à Paris, pendant les années de pandémie de 2020/2021.  Elsa Feuillet, une mère divorcée quadragénaire, ayant en résidence alternée son jeune fils et vivant à Lyon est devenue écrivaine tant elle admire l’œuvre de la grande Béatrice Blandy qui vient de brutalement décédée d’un cancer mais sans avoir son talent ni son aisance sociale. Approchée par son mari désormais veuf, Thomas Blandy, de 25 ans son aîné, Elsa commence à nouer une relation, une semaine sur deux, avec lui en s’installant dans l’appartement parisien du couple resté en l’état depuis la mort de Béatrice et tout en continuant à se vouvoyer. Fascinée, elle va peu à peu se glisser dans la vie de la défunte romancière qui aurait laissé un dernier manuscrit qui semble pourtant ne pas exister. Jeu de miroirs ou jeu de dupes ?

J’ai emprunté ce roman à la médiathèque car il est présenté, au terme de la quatrième de couverture comme un « thriller troublant ». Je ne sais pas qui la cataloguer ainsi mais on est bien loin d’un thriller psychologique comme les deux références dont fait état l’autrice et qui ont été toutes les deux adaptées en film par Alfred Hitchcock: Rebecca de Daphné du Maurier (film de 1940) et Entre les morts de Boileau-Narcejac (film de 1958 sous le titre Sueurs froides). J’ai, en effet, trouvé que l’intrigue traînait en longueur malgré le fait que ce soit un roman court. Le récit se révèle d’une platitude ennuyante, sans tension dramatique et bien terne comparé à Rebecca ou Sueurs froides. Le fait d’en avoir fait mentionner ôte tout suspens au récit puisqu’on comprend très vite qu’il y est aussi question d’une machination et le twist final n’en est finalement pas un.

L’autrice ne va pas non plus au bout de sa tentative d’orienter le récit vers une touche fantastique dans l’admiration maladive d’Elsa pour Béatrice et son snobisme, ce qui tombe très vite à plat et devient bien incongru. ll y est aussi question de création artistique, du travail d’écriture ou la question du plagiat… Un roman sans originalité et qui sera vite oublié et au parisianisme bien appuyé (et bien insupportable) au même titre que leurs différences d’âge et de statut social!

Pour la petite anecdote, j’ai récupéré à Noël dernier plusieurs romans de jeunesse dans le grenier des mes parents afin de les proposer à mon mini lutin parmi lesquels Sans Atout et le Cheval Fantôme, le premier tome d’une série policière jeunesse et paru pour la première fois en 1971. De mon côté, après cette lecture, j’ai bien envie de revoir ou relire Sueurs Froides

Participation #9 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Thriller

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #1 Catégorie Objet: « Chose »

Au fil des pages avec Shell Shock

J’ai lu, en e-book, Shell Shock de Michaëla Watteaux (éd. Hachette Fictions, coll. Black Lab, janvier 2025, 343 pages), un roman policier historique se déroulant dans les Années Folles, encore marquées par la Première guerre mondiale. A l’automne 1925, à Paris, tout juste embauchée au Central téléphonique Gutenberg afin d’enquêter sur les difficiles conditions de travail des femmes salariées, Jeanne Duluc, journaliste socialiste et féministe approche l’une d’elles, Tatiana Darmon qui est retrouvée sauvagement assassinée le lendemain par Étienne Grangin, gardien à Gutenberg et gueule cassée. Est-ce ce dernier le coupable ou Tatiana serait-ce une nouvelle victime du Tueur des Halles qui ne s’était plus manifesté depuis quelques mois? Paul Varenne, ancien instituteur devenu inspecteur toxicomane et à la recherche de Marguerite, sa fiancée disparue est chargé de l’enquête. Même si certains entendent bien étouffer l’affaire, arrivera-t-il à démasquer le tueur avant qu’un nouveau meurtre ne soit commis?

L’intrigue alterne entre le passé (en 1917/1918) sous la voix d’un soldat souffrant d’obusite (qui fait écho au titre du roman) et « soigné » par électrothérapie à l’hôpital militaire de Fort Salins, dans le Jura et le présent, en 1925, avec l’enquête policière et journalistique, à Paris avec aussi le volet médical avec la petite amie de Jeanne, le Dr. Mathilde de Villedieu, nièce de Gustave Soyrus, ancien médecin militaire et psychiatre psychanalyste à l’asile Sainte-Anne, le sort de l’une des patientes l’inquiétant particulièrement, celui d’Antoinette, chanteuse dans un cabaret où viennent de nombreux artistes comme son amant, l’écrivain René Crevel… 

J’ai apprécié le cadre historique qui nous plonge dans un Paris des Années Folles où se croisent artistes à l’esprit libre, rescapés de la Grande Guerre, que ce soit les gueules cassées ou ceux revenus traumatisés avec des séquelles psychologiques ou bien encore hommes influents, proches du pouvoir s’étant enrichis pendant la Guerre et continuant leur ascension sociale au sein des sphères politiques. S’y mélangent personnages ayant réellement existé (hommes politiques sous la IIIe République, artistes comme le journaliste-écrivain George Simenon ou les surréalistes comme André Breton…)  et lieux célèbres existant toujours (comme le cabaret Le bœuf sur le toit ou le restaurant Au chien qui fume) et personnages fictifs, Paul, Jeanne et Mathilde, chacun ayant leurs parts d’ombre.

Il y est ainsi question du traitement des blessés de guerre, de la médicalisation des conduites sociales (ceux souffrant de stress post-traumatique ou d’obusite étant considérés comme des affabulateurs et à renvoyer au front, pendant la guerre ou l’homosexualité considérée comme déviance et maladie à soigner…), des inégalités sociales, de la condition de la femme dans les années 20, de reconstruction, de résilience, de deuil, d’acceptation de soi, de perte d’identité… Comme plus tard, avec les rescapés des camps de concentration au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les gueules cassées dérangent pour celles et ceux qui entendent tourner la page et revivre « normalement ». 

Je regrette toutefois que l’autrice n’est pas plus développé l’aspect sociopolitique avec les tensions politiques entre communisme et droite nationaliste et populiste, les revendications syndicalistes et salariales des femmes téléphonistes pour une égalité de salaire, organisant leur première grève ou bien encore les rapports entre psychanalyse (hypnose) et surréalisme (rêve éveillé), Jacques Lacan n’étant à aucun moment cité par exemple… Un autre bémol également, le style de l’autrice et son emploi du présent de l’indicatif (tendance actuelle que je déplore aussi en littérature jeunesse). Quant à l’enquête, celle-ci est plus classique et convenu, au vu de mes dernières lectures, ayant démasqué très vite le coupable, sous fond encore une fois de réseau de prostitution et impunité des puissants, le tueur en série étant, encore ici, bien trop caricatural à la fin. Un bon moment de lecture, avant tout pour son aspect historique, même si l’autrice s’éparpille tant elle a voulu aborder de sujets différents! 

Pour d’autres avis sur ce roman: Bianca.

Petit aparté: Même si cela se déroule quelques décennies plus tard, les dames du téléphone m’ont immédiatement fait penser au sketch de Fernand Raynaud, Le 22 à Asnières, interprété pour la première fois en 1955, sur la difficulté à établir les communications téléphoniques tant le réseau téléphonique était vétuste dans les années 50/60. A retrouver ici.  

Participation #1 Challenge Pages de la Grande Guerre 2026 de Nathalie #La fin et les suites de la guerre

Participation #8 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Roman policier historique

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