J’ai lu dĂ©but juillet pour la lecture commune du 18 juillet 2021 des Étapes Indiennes Les veuves de Malabar Hill de Sujata Massey (Ă©d. Charleston, 2020, 495 pages), la première enquĂŞte de Perveen Mistry, un roman policier se passant dans les Indes britanniques au dĂ©but du XXe siècle.
A Bombay, en 1921, Perveen Mistry est la première femme Ă exercer au sein d’un cabinet d’Avocat, celui de son père, en tant qu’Avocat mais sans pouvoir plaider, la plaidoirie n’Ă©tant pas autorisĂ©e aux femmes. Elle se charge de prĂ©parer les dossiers mĂŞme au pĂ©nal que son père plaide au Tribunal ou traite au cabinet les dossiers juridiques relatifs au droit des contrats.
C’est ainsi qu’elle est amenĂ©e Ă traiter une affaire de succession d’un des clients habituels du Cabinet, Omar Farid, riche marchand de fabriques de tissus et philanthrope musulman qui vient de dĂ©cĂ©der. Or certains Ă©lĂ©ments du dossier l’interpellent au point que la jeune femme parsie dĂ©cide de se rendre au domicile des trois veuves qui sont encore en pĂ©riode de deuil et qui pratiquent la purdah, leur empĂŞchant tout contact avec des hommes et l’extĂ©rieur.
Mais sa tâche se complique lorsqu’elle se rend dans leur maison de Malabar Hill pour les informer de leurs droits, le dĂ©funt ayant dĂ©signĂ© comme exĂ©cuteur testamentaire Mr. Faisal Mukri qui est bien dĂ©cidĂ© Ă ce que les trois veuves renoncent Ă leur part d’hĂ©ritage au profit d’œuvres caritatives. Les trois veuves consentent-elles vraiment Ă suivre les dernières volontĂ©s du dĂ©funt, pleinement informĂ©es de leurs droits? Perveen ne se met-elle pas en danger?
Tout en se chargeant de ce dossier sensible, elle accueille son amie d’universitĂ©, Alice Hobson-Jones, fille d’un haut responsable britannique, Sir David et s’inquiète d’avoir pu recroiser son ancien mari, Cyrus Sodawalla.
Sous fond de trame policière, Sujata Massey plonge le lecteur dans la société indienne des années 20, une société très patriarcale et multiculturelle (Parsisme/Zoroastrisme, Islam), sous domination anglaise, à Bombay et à Calcutta.
Jusqu’Ă ce que l’intrigue reparte dans le passĂ© de Perveen Mistry en 1916, j’ai eu l’impression que je lisais une suite d’un prĂ©cĂ©dent roman. Or il n’en Ă©tait rien. Les pensĂ©es et inquiĂ©tudes de la jeune hĂ©roĂŻne Ă©taient en lien avec son passĂ© qui n’Ă©tait pas encore abordĂ©. Une fois certains Ă©lĂ©ments dĂ©voilĂ©s, j’ai continuĂ© avec plaisir ma lecture. A travers des va-et-vient entre les annĂ©es 1916 et 1921, Perveen Mistry s’Ă©mancipe, ses parents Ă©tant progressistes pour l’Ă©poque et voulant la voir rĂ©ussir ses Ă©tudes de droit, que ce soit Ă l’universitĂ© de Bombay ou plus tard Ă celle d’Oxford.
Sujata Massey décrit avec beaucoup de minutie le sort réservé aux femmes, que ce soit à travers le personnage de la jeune Perveen dans les premiers mois de son mariage avec Syrus Sodawalla, le couple vivant chez les parents de ce dernier à Calcutta et imposant à la jeune pour des croyances religieuses et le poids des traditions un isolement scandaleux pendant ses menstruations (quand on sait que certains croient encore à la superstition selon laquelle une femme qui a ses règles ne peut pas monter des œufs en neige ou faire une mayonnaise) ou celui des trois veuves musulmanes vivant recluses dans leurs maisons avec leurs enfants en bas âge.
Il y est ainsi question de la condition de la femme et de ses droits mĂŞme les plus intimes qui sont au bon vouloir du mari et de sa famille: droit de disposer de son corps comme elle l’entend en particulier lors de ses menstruations, droit d’Ă©tudier et plus tard de travailler… Le roman aborde Ă©galement les rapports très hiĂ©rarchisĂ©s et discriminatoires entre castes ethniques, aspect dont ne tient nullement compte Alice dans son amitiĂ© avec Perveen.
C’est aussi Ă travers la cuisine que l’autrice nous plonge dans la vie quotidienne indienne en mentionnant de nombreuses spĂ©cialitĂ©s sucrĂ©es et/ou salĂ©es comme une spĂ©cialitĂ© kolie: un riz sucrĂ© Ă la noix de coco mis dans une feuille de bananier pliĂ© (p.104), des friandises parsies venant du cafĂ© Yazdani ou le premier repas pris dans ce cafĂ© par Perveen et Cyrus (p.52 et s.) avec en desserts des gâteaux mawas, un dahitan Ă la cardamone et au safran, une pâtisserie aux dattes et aux amandes… ou bien encore du falooda, un milk-shake sucrĂ© souvent parfumĂ© au sirop de rose et aux graines de basilic (p.115), un thĂ© au gingembre et Ă la citronnelle agrĂ©mentĂ© de lait (p.417)…
Tout en dĂ©crivant, sans prĂ©jugĂ©s, le sort bien triste et rĂ©voltant des femmes dans les annĂ©es 20, le roman offre Ă chaque personnage fĂ©minin sa part d’Ă©mancipation et finit sur une note optimiste. Un très bon moment de lecture qui vaut surtout pour son cĂ´tĂ© historique plus que pour son intrigue policière assez convenue, nonobstant les nombreux rebondissements (ayant rapidement identifiĂ© les comportements suspects)! D’ailleurs, Ă la fin du roman, Sujata Massey prĂ©cise que sa jeune hĂ©roĂŻne est inspirĂ©e de la première Avocate en Inde, Cornelia Sorabji et en dresse une biographie succincte. J’ai dĂ©jĂ notĂ© qu’il existe un second roman, La malĂ©diction de Satapur.
Petit apartĂ© judiciaire: A titre de comparaison, en France, c’est une Loi du 1er dĂ©cembre 1900 qui permet aux femmes d’exercer la profession d’Avocat (avec accès Ă la plaidoirie), la première femme ayant prĂŞtĂ© serment Ă©tant Olga Petit le 6 dĂ©cembre 1900 et la première ayant plaidĂ© devant un tribunal Ă©tant Jeanne Chauvin en 1901. Elles ont d’ailleurs subi les mĂŞmes remarques sexistes et le mĂŞme mĂ©pris que la jeune hĂ©roĂŻne du roman, la profession n’Ă©tant pas alors aussi fĂ©minisĂ©e qu’Ă l’heure actuelle.
D’autre part, j’ai trouvĂ© que pour l’Ă©poque, le droit parsi en matière de divorce et de sĂ©paration de corps Ă©tait malgrĂ© tout plus ouvert et tolĂ©rant Ă l’Ă©gard de la femme quand on sait qu’en France, il faut attendre 1975 pour que les causes du divorce ne soient plus limitĂ©es au seul divorce pour faute. Et c’est encore plus rĂ©cemment, avec une loi de 2004 que le divorce par consentement mutuel est favorisĂ© en instaurant des passerelles en cours de procĂ©dure et qu’en matière de divorce pour rupture dĂ©finitive du lien conjugal, le dĂ©lai passe de 6 Ă 2 ans.
Pour d’autres avis sur ce roman: Rachel, Maggie, Katell, Hilde, Sharon, Bianca, Belette et SorbetKiwi.

Participation #45 au Challenge Lire au féminin de Tiphanya #Autrice anglo-américaine






































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