Étiquette : littérature française (Page 1 of 4)

Au fil des pages avec Vivian Maier, A la surface d’un miroir

J’ai lu Vivian Maier, À la surface d’un miroir de Paulina Spucches (éd. Steinkis, novembre 2021, 168 pages), un roman graphique (son premier) s’ouvrant, à chaque chapitre, par une reproduction des photographies de Vivian Maier entre 1952 et 1960. Nurse de profession, Vivian Maier était aussi une photographe de rue autodidacte qui a été reconnue à titre posthume, la plupart de ses photographies n’ayant jamais été développées. Qui était-elle? Que disent d’elle les clichés qu’elle n’a cessé de prendre tout au long de sa vie avec son Rolleiflex?

J’ai apprécié l’idée de l’autrice de partir d’un des nombreux clichés de Vivian Maier, une Américaine d’origine française et d’imaginer le contexte qui pouvait entourer la prise de vue, comme lorsqu’elle fait un autoportrait ou des portraits de passants, animaux ou objets dans la rue et les flashbacks parcellaires de ce qui aurait pu être sa vie dont on sait très peu de choses. Rappelant le fauvisme, les bulles sont très colorées et attirent inévitablement l’œil à l’instar des photographies originales. Tout se joue donc au niveau de l’image et des émotions et interprétations qu’elle suscite, le texte étant peu présent.

Au fil des clichés, se dessine une vie discrète et peu amène, captant sur le vif des instantanés de vie, que ce soit dans les rues de New-York ou à Champsaur… Il y est aussi question de transmission de cette passion. Un bon moment de lecture dans l’ensemble avec cette biographie romancée qui permet de (re)découvrir Vivian Maîer (1926/2009)! A la fin de ma lecture, je suis d’ailleurs allée voir les clichés en noir et blanc de cette période: ici, à défaut d’avoir eu le temps de voir l’été dernier l’exposition « Vivian Maier, au bord du monde » à la Maison des Douanes, à Saint-Palais-sur-Mer. 

Pour d’autres avis sur ce roman graphique: NathalieBlandine, Enna et Fanny

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #5 Catégorie Objet: « Miroir »

Au fil des pages avec le tome 1 de Mi-mouche

Repérée chez plusieurs « bulleuses » du mercredi, j’ai lu, à mon tour, le tome 1 de Mi-mouche, Tu veux te battre? de Vero Cazot et Carole Maurel (éd. Dupuis, mai 2025, 64 pages), une BD jeunesse à partir de 9 ans selon l’éditeur. Depuis le décès de sa sœur jumelle Lison lorsqu’elles avaient 11 ans dans un accident de voiture, Colette continue de vivre dans son ombre allant jusqu’à pratiquer la danse classique comme le faisait Lison, avant tout pour faire plaisir à sa mère qui a gardé des séquelles de l’accident et qui a tendance à la surprotéger. Mais un jour, poussée par des cochons en fuite dans la rue, l’adolescente de 14 ans trouve refuge, avec son ami Elias, dans une salle de boxe. Et si ce sport était sur le point de bouleverser sa vie, comme le lui suggère son ombre qui ne la quitte plus depuis le décès de sa sœur jumelle et qui la pousse à prendre des risques afin de réaliser ses rêves? Comment assumer ce choix face au refus parental?

J’ai apprécié ce récit initiatique où il est question de deuil, d’affirmation de soi, d’amitié, de droit à la différence ou bien encore de relations familiales au cours de l’adolescence, de résilience… Graphiquement, les bulles sont pleines de pep’s, colorées et aux visages expressifs, Colette passant par tout un tas d’émotions dans sa prise de confiance en soi et son besoin de vivre pour elle-même et non plus dans l’ombre de sa sœur décédée. L’adolescente est très attachante. Un bon voire très bon moment de lecture! J’espère pouvoir lire le second tome rapidement, lorsqu’il sera disponible à ma médiathèque.

Pour d’autres avis sur ce tome 1: Nathalie, Eimelle (qui a aussi lu le tome 2) et Moka.

Participation #33 Challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore #BD jeunesse

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #3 Catégorie Pronom personnel Sujet: « Tu »

 

Au fil des pages avec Un lundi de Pentecôte

Le week-end dernier, j’ai lu, en e-book, Un lundi de Pentecôte de Patricia Delahaie (éd. Belfond noir, mars 2024, 353 pages), un thriller judiciaire se déroulant dans les années 70, dans le Sud de la France. Âgé de 20 ans, Loïc Peyrat, aux pulsions pédophiles, enlève un lundi de Pentecôte Livia Pozzi, une petite fille de 8 ans dans une cité HLM de Marseille qui jouait dehors avec son petit frère Nino. Le corps de la fillette est retrouvée deux jours plus tard. Ses parents, Marcia et Marcello Pozzi sont dévastés et veulent que justice soit rendue, son petit frère Nino, du haut de ses 6 ans, culpabilisant de ne pas avoir pu protéger Livia. De son côté, la mère de Loïc, Louise Malterre croit en son innocence. Comment son fils si gentil pourrait-il avoir commis un acte aussi ignoble, malgré ses aveux? 

L’autrice revient sur l’affaire Ranucci même si les noms ont été modifiés et certains éléments ont été changés, le pull-over rouge devenant une gourmette ou l’un de ses Avocats une femme, Maître Cyrille Katz, collaboratrice au sein du Cabinet de Maître Pierre Le Callet. Christian Ranucci a été déclaré coupable de l’enlèvement et du meurtre de Marie-Dolorès Rambla, âgée de 8 ans, le 3 juin 1974 et a été condamné à la peine de mort et guillotiné en juillet 1976 dans la prison des Baumettes, à Marseille, bien que mineur aux moments des faits, la majorité civile étant alors à 21 ans et non 18. 

Son récit se place du côté de la psychologie des personnages et le rôle de chacun, de l’enlèvement jusqu’à quelques années après la condamnation, se plaçant à la fois du côté de la famille de la victime que de celle de l’accusé. L’autrice tente de décrypter les faits avant tout à travers la relation entre le jeune homme et sa mère. Celle-ci a-t-elle joué un rôle dans le comportement de son fils, notamment au moment du procès? Peut-elle être blâmée pour cela? Comment aurait-on pu réagir à sa place? Nier l’évidence, être à ses côtés malgré tout, l’encourager à reconnaître les faits ou rejeter définitivement son enfant délinquant? Les mêmes questions peuvent d’ailleurs se poser face à un parent délinquant. 

Je n’ai pas adhéré au parti pris de l’autrice qui, comme en son temps avec Le pull-over rouge de Gilles Perrault paru en août 1978 en vue de la réhabilitation de Christian Renucci, laisse planer des doutes sur la condamnation du jeune homme et revient sur les faits criminels commis par le petit frère des années plus tard. J’ai pourtant trouvé plutôt convaincant l’aspect judiciaire et médiatique avec la garde à vue (même si l’autrice conteste toute possibilité de violences policières), l’instruction menée efficacement par la juge  Régine et le procès, à une époque où les affaires criminelles se résolvaient sans analyse ADN et sans ordinateurs, le rôle des institutions ayant mené à la condamnation (policier, juge d’instruction, avocat, journaliste…), la vérité judiciaire n’étant pas la Vérité… 

Il y est, en effet, aussi question de la médiatisation du procès et du rôle joué par les journalistes Gus Demaison et Pauline Esper, journalistes à Histoires vraies, un magazine de faits divers à sensation, le procès secouant l’opinion publique comme une autre affaire ayant eu lieu quelques mois plus tôt, en janvier 1976, celle de l’enlèvement contre rançon de Philippe Bertrand, âgé de 7 ans et de son meurtre par Patrick Henry. La question de l’abolition de la peine de mort, enjeu sociétal devient alors centrale au cœur de ce procès. Cette question devait-elle se jouer sur l’innocence du jeune homme ou sur sa réinsertion possible? Pouvait-il bénéficier de circonstances atténuantes? Ou était-ce une erreur judiciaire? Ce roman me laisse le même sentiment inconfortable qu’à la fin de ma lecture de Vous ne connaissez rien de moi de Julie Héraclès (éd. JC Lattès, août 2023, 384 pages), un roman historique romançant la vie de Simone Touseau.  

Petit aparté judiciaire: Forcément cela fait écho aux lois répressives et sécuritaires qui ne cessent de mettre à mal la Justice pénale des mineurs au regard du droit français et de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant au détriment de leur protection et de l’assistance éducative (majorité pénale abaissée à 10 ans avec des mesures éducatives depuis la Loi Perben I du 9 septembre 2002, création des centres éducatifs fermés, établissements pénitentiaires pour mineurs dès 13 ans…), surtout lorqu’on a affaire comme ici à des crimes commis sur des mineurs où l’auteur lui-même est mineur. Que cela dit-il sur une société qui considère comme « irrécupérable » un enfant de 10 ans ou un adolescent de 13 ans?

Pour d’autres avis sur ce roman: Sorbet Kiwi.

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Passage du temps: « Lundi »

Au fil des pages avec Nourrices

J’ai lu Nourrices de Séverine Cressan (éd. Dalva, août 2025, 272 pages), un court roman se déroulant dans la campagne française, sans doute au début du XIXe siècle. Épouse d’un bûcheron Andoche et d’un petit garçon Jehan, Sylvaine devient une nourrice comme d’autres femmes de son village. Pour sa première fois, elle se voit confier un bébé de la Ville, Gladie Chagnon, sa jeune mère étant une domestique devant être nourrice du bébé de la famille bourgeoise qui l’emploie. Mais lorsque le bébé décède, elle l’échange avec un autre bébé abandonné avec un carnet qui raconte son histoire quelques jours plus tôt dans la forêt. Mais le subterfuge pourra-t-il tenir alors que, quelques mois plus tard, Sylvaine se retrouve, à nouveau enceinte et entraînant alors le sevrage du bébé dont elle a la garde? 

J’ai été déconcertée par un premier chapitre qui pose le ton du récit, dans une dimension ésotérique et onirique ainsi que l’insertion de courts poèmes auxquels je n’ai pas été sensible tant ils m’ont paru incongrus. Il est avant tout question de la relation maternante, très charnelle, de Sylviane à l’égard des enfants, que ce soit les siens ou ceux recueillis. Je m’attendais à ce que le système des nourrices soit plus détaillé et plus réaliste, celles-ci passant ici par un intermédiaire méprisable, La Chicane qui sert de meneur en faisant le lien entre le bureau de placement ou l’orphelinat, récupérant les enfants placés par leur famille ou abandonnés dans les tours d’abandon et en distribuant les salaires.

La marchandisation des corps des femmes allaitantes y est pourtant bien montrée, pour des raisons avant tout économiques, que ce soit du côté de la nourrice ou de la mère confiant son nourrisson pour pouvoir continuer à travailler, souvent du milieu urbain ouvrier, ou lorsque la mère appartient à la bourgeoisie, pour des raisons sociales (mondanités, signes extérieurs de richesse d’avoir une nourrice à demeure ou tabou des relations sexuelles pendant l’allaitement, ce qui entraîne un retour de couches précoces et de nouvelles grossesses…).

J’aurai également apprécié des personnages moins caricaturaux, entre la « brave » paysanne bientôt veuve, le détestable meneur profiteur qui se fait de l’argent sur le dos de ses pauvres nourrices, la « méchante » nourrice qui fait peu de cas des bébés confiés sans qu’il n’y ait la moindre conséquence, une vieille femme connaissant les secrets des plantes et un brin sorcière, une jeune domestique à la merci de son riche employeur qui l’a violée mais sachant lire et écrire, une mère bourgeoise mondaine dont l’emprise du mari et la perte de son bébé la pousseront dans la folie…

Sont ainsi dépeints différents figures liées par cette industrie du lait entre les mains des hommes ayant eu cours jusqu’au début du XXe siècle et étant bien ancienne, d’abord au sein de l’aristocratie française où il était mal vu d’allaiter, acte perçu comme rabaissant le corps à sa partie bestiale et servant de contraception allant à l’encontre de produire un héritier. Mais n’est-ce pas aux femmes de choisir et d’être libres de leur corps, sans contrôle patriarcal permanent et oppressant? 

Il y est ainsi question de la mise en nourrice à emporter ou sur lieu, de la surmortalité infantile très élevée qui en découle et qui aboutira à la Loi Roussel du 23 décembre 1974 sur la protection des enfants du premier âge (« Tout enfant âgé de moins de deux ans, qui est placé, moyennant salaire, en nourrice, en sevrage ou en garde, hors du domicile de ses parents, devient, par ce fait, l’objet d’une surveillance de l’autorité publique ayant pour but de protéger sa vie et sa santé »). Un lecture en demi-teinte qui vaut surtout pour la mise en avant du métier de nourrices, sevreuses ou gardeuses dont le rôle était si importante dans la vie de nombreux nourrissons, avant l’arrivée du lait en poudre stérilisé et du développement au XXe siècle de la mère au foyer permettant l’allaitement, pour des raisons encore une fois financières avant l’intérêt de l’enfant et de la création des lactariums qui permettent le don de lait maternel! 

Pour d’autres avis plus enthousiastes sur ce roman: Eimelle et Alexandra.

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Mot au pluriel: « Nourrices »

 

Au fil des pages avec le tome 7 de Charlock

Je profite du Mois Italien 2026 pour chroniquer le tome 7 de Charlock, Chantage chez les Chappuccini de de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe (éd. Flammarion Jeunesse, juin 2024, 80 pages), un roman jeunesse pour les 8/10 ans et que nous avions lu dès sa parution. Dans ce nouvel opus, Charlock se retrouve dans les Cinque Terre en Italie, à Riomaggiore, en 1918. La relique sacrée de Santa Carlina a été dérobée, les Chappuccini du gang de New York faisant appel au détective Charlock pour aider leurs cousins italiens à la retrouver. Accompagné d’Ed le Boston Terrien et Claude le pigeon, Charlock débusquera-t-il le vrai coupable alors que tout semble désigner Al Chapone? 

Saut dans le temps également pour nous lecteur puisque nous retrouvons les personnages du tome 2, Charlock, Le trafic de croquettes (éd. Flammarion Jeunesse, septembre 2020, 80 pages) qui se déroulait à New York, en 1917 avec une enquête d’empoisonnement de croquettes pour chiens, sous fond de guerre des gangs entre chiens et chats. 

Riomaggiore – avril 2010

Ce nouvel opus reprend le même schéma narratif et le même humour et jeux de mots (certaines références à la pop culture parlant plus aux adultes) que les tomes précédents, ce qui fonctionne encore bien. Il y est ainsi question encore une fois d’entraide, de faux-semblants, d’amitié et de religion avec le culte de Santa Carlina… Un bon moment de lecture! Les illustrations sont toujours aussi réussies et me font replonger dans mes souvenirs de mon court séjour dans les Cinque Terre en avril 2010, l’ancien village de pêcheurs étant l’un des 5 villages très touristiques surplombés de vignobles et constituant le parc national des Cinque Terre classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, en Ligurie et le plus coloré.

Participation #3 Le Mois Italien 2026 d’Eimelle #Cinque Terre

Participation # Challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore #Roman jeunesse

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