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Au fil des pages avec L’orpheline du Temple

J’ai lu L’orpheline du Temple de Victoria Mas (éd. Albin Michel, mars 2025, 186 pages), un court roman historique épistolaire au temps de la Révolution française. Joseph Herbelin, devenu horloger à La Roche-Guyon écrit, de décembre 1795 à décembre 1820, à sa tante Céleste des lettres dans lesquelles il évoque, avec difficulté, son quotidien de jeune gardien révolutionnaire au sein de la prison du Temple, lorsqu’il était âgé de 19 ans, en février 1794 et qui l’ont amené à surveiller les derniers membres de la famille royale détenues: les deux enfants Capet et la sœur cadette de Louis XVI.

Par le biais de la correspondance de ce témoin privilégié, l’autrice revient, de façon romancée, sur l’incarcération de Marie-Thérèse Charlotte Capet, dite « Madame Royale », fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, alors âgée de 14 ans, du 13 août 1792 au 19 décembre 1795,  le jour de ses 17 ans, sa libération étant le début de son exil à la Cour de Vienne, en Autriche. 

Mais, comme pour Le Bal des folles (éd. Albin Michel, août 2019, 256 pages), j’ai trouvé que cela manquait de souffle épique et de profondeur, ayant souvent l’impression que l’autrice a voulu, coûte que coûte, faire en sorte que Joseph soit un témoin de tout ce qu’a pu vivre la princesse royale déchue. Le passage où il se rend en Allemagne, à Hildburghausen m’a paru saugrenu et aurait pu n’être mentionné qu’au détour de rumeurs sur la comtesse des Ténèbres qu’il aurait pu ouï-dire.

Certes, Joseph change de regard sur celle qui sera la seule survivante, tombant petit à petit amoureux d’elle, celle-ci se révélant si pieuse et si digne malgré ses conditions de détention (fouilles à tout heure du jour et de la nuit, isolement au point qu’elle en perde l’usage de la parole, laissée dans le silence du sort réservé à ses parents… mais sans évocation du moindre sévice d’ordre sexuel), alors même qu’il fait peu de cas du jeune garçon de 9/10 ans, Louis-Charles Capet, traité de façon encore plus dégradante, cruelle et humiliante, sa naissance l’ayant fait Louis XVII, une fois Louis VI guillotiné, son isolement total entraînant sa mort de maladie le 8 juin 1795. Son cas est pourtant tout aussi abject. Joseph doit-il accepter tous ses ordres de mission au nom de l’idéal républicain? 

D’autre part, le ressort dramatique autour de la condition d’orphelin des deux protagonistes était plutôt pertinent mais je l’ai trouvé mal exploité, la révélation sur l’identité des parents de Joseph étant vite décelable et n’apportant rien de plus. Je regrette également que les questionnements éthiques et moraux autour de cette incarcération entraînant l’ambivalence, le malaise et la remise en cause de son patriotisme en faveur de la République chez Joseph ne soient pas remis en avant au moment de la Restauration, lorsque bien plus âgée, Madame Royale revient de son exil en tant que Duchesse d’Angoulême, acclamée par la foule qui l’avait pourtant conspuée 20 ans auparavant. Il n’en reste qu’un homme âgé face à un amour de jeunesse idéalisé. 

Une lecture qui m’a malheureusement paru bien trop proche d’une page Wikipédia et d’un regard trop contemporain et parfois bien naïf! En effet, si on se replace en 1795, l’orpheline du Temple était en âge de se marier, le mariage étant possible dès 13 ans pour les filles et 15 ans pour les garçons, même si l’âge de la majorité civile a été abaissée en 1792 à 21 ans, au lieu de 25 ans sous l’Ancien Régime. Pendant la Terreur, il est arrivé de guillotiner des enfants avec leurs parents, même si en 1793, ces orphelins en bas âge furent reconnus « enfants naturels de la Patrie » et placés jusqu’à leurs 12 ans dans des hospices nationaux. Même à notre époque, depuis les lois Perben de 2002, un adolescent peut être détenu, à titre provisoire ou définitif, dès l’âge de 13 ans et soumis à des fouilles, même intégrales sous certaines conditions, à l’instar des enfants d’un détenu, même nourrissons, qui lui rendent visite au parloir famille. Dès 16 ans, il peut être placé en quartier disciplinaire. 

Pour d’autres avis: Bianca (très enthousiaste). 

Au fil des pages avec La souffleuse du temps

Pour la Quinzaine italienne 2026 et comme Eimelle, j’ai lu, en e-book, La Souffleuse du temps de Cristina Caboni (éd. Les Presses de la Cité, avril 2025 , 422 pages), un roman qui alterne entre les années 40/50 et notre époque avec la vie de deux femmes dont le destin semble lié à un collier de perles. A notre époque, à Seattle, Juliet Meriwether, une Américaine d’origine italienne, âgée de 23 ans, voit son rêve de devenir artiste verrier en ayant été acceptée dans un stage prestigieux, pendant 3 mois, dans une école internationale de verrerie dirigée par Marcus Quintavalle sur l’île de Murano, près de Venise, en Italie, même si elle est blessée par sa famille lorsqu’elle leur parle de cette nouvelle, ce rêve étant loin de leur plaire, eux qui sont tous médecins. Parallèlement, à la fin des années 40, Marina « Nina » Chiaramonte entend bien reprendre la verrerie familiale de son père, comme l’avait fait déjà, en son temps, Marietta Barovier, l’inventrice de la perle « rosetta », et non finir « bien mariée », comme l’encourage sa mère, l’entreprise revenant alors à son frère aîné, Luigi. Malgré les décennies qui les séparent, les deux femmes sont confrontées aux mêmes épreuves, le travail de verrerie étant une affaire d’hommes. Arriveront-elles à s’émanciper et revendiquer leur place? 

J’avais repéré ce roman pour le lieu de son intrigue, l’île de Murano et ses verriers. Mais malheureusement, j’en ressors déçue tant j’ai trouvé l’histoire vue et revue et bien trop prévisible, le hasard faisant bien les choses surtout pour Juliet dans sa quête de retrouver la propriétaire du collier de perles confié par sa vieille nourrice italienne Gina. Le personnage de Marina m’a toutefois un peu plus touchée, malgré l’amour filial qu’elle porte à Luigi, lui pardonnant toutes ses trahisons, se révélant déterminée et courageuse, que se soit dans sa vie professionnelle ou amoureuse, n’ayant jamais oublié son premier amour pour un des apprentis de son père, Zeno parti faire fortune en Chine que celui de Juliet, introvertie et peu sûre d’elle et qui va reprendre confiance en elle aux côtés de Marcus. 

Il y est ainsi question de quête de soi, d’émancipation féminine, de secrets de famille, d’entraide, de sororité, de romances « fleur bleue », de transmission… Une lecture que je retiendrai avant toute pour cette plongée dans le travail des souffleurs et souffleuses de verre (avec Marina et les autres femmes de son atelier) et qui m’ont rappelé ce que j’ai pu voir dans les ateliers de verrerie non de Murano mais de Biot, dans les Alpes-Maritimes ou l’album jeunesse, Le souffleur de rêves de Bernard Villiot et Thibault Prugne (éd. Gautier-Languereau, 2015)! La note finale de l’autrice détaillant ses recherches et sources historiques était fort intéressante, à l’instar des « épigraphes » au début de chaque chapitre éclairant sur l’histoire de la verrerie vénitienne. 

Petit aparté: (Attention Spoiler) Ma lecture a été gênée par le « secret de famille » de Juliet concernant sa filiation, celui-ci me paraissant peu crédible eu égard à l’état-civil français. Or celle-ci étant Américaine, j’ai appris la différence entre un acte de naissance français et un américain, ce dernier faisant table rase du passé alors que celui français étant mis à jour tout au long de l’existence de la personne et est donc bien plus conforme au droit à connaître ses origines. Par exemple, si un enfant américain est adopté par son beau-parent (le nouveau mari de sa mère) et prend son nom de famille, son nom de naissance qu’il tenait de son père décédé va disparaître, son premier acte de naissance étant mis sous scellé et remplacé par un nouveau ne tenant compte que de sa nouvelle filiation (aucune mention raturée de l’ancien nom de famille). Suivant son âge au moment de l’adoption, il pourra l’ignorer et même s’il le sait et s’il a lui-même des enfants et garde ce changement secret, ceux-ci seront tenus dans l’ignorance de leur filiation originelle. 

Pour d’autres avis: Eimelle (bien plus enthousiaste que moi).

Participation #1 La Quinzaine Italienne 2026 d’Eimelle #Murano

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #6 Catégorie Passage du temps: « Temps »

Au fil des pages avec Une partie de campagne

J’ai lu, en e-book, Une partie de campagne de Mary Balogh (éd. J’ai lu, coll. Regency, mai 2021, 306 pages), une romance se déroulant à l’époque de la Régence anglaise et qui est parue pour la première fois au Royaume-Uni en 1997. Convoqué par son père mourant, Anthony, marquis de Staunton âgé de 28 ans y consent. Il s’était pourtant promis 8 ans plus de tôt, après le décès de sa mère, de ne plus jamais remettre les pieds dans le domaine ducal, après avoir laissé derrière lui, à contrecœur, ses frères et sœurs cadet.

Afin de faire enrager son père, il pense avoir trouvé une brillante idée en passant une offre d’emploi de gouvernante. Il jette son dévolu sur Charity Ducan, une jeune femme de bonne famille désargentée et âgée de 23 ans. Mais convient-elle vraiment pour ce rôle d’épouse terne, effacée et sans le sou? Ne sera-t-elle qu’un pion entre le père et le fils ou parviendra-t-elle, grâce à sa gentillesse et son écoute, à réconcilier cette famille endeuillée depuis 8 ans?

Il n’y est pas vraiment question d’une partie de campagne comme il y en avait à cette époque, même si des invités sont attendus pour un bal mais du retour de l’héritier d’un duc sur le domaine campagnard avec une épouse qui devait être « temporaire », le temps d’humilier son père et de contrecarrer son plan de mariage arrangé. Derrière la romance, il y est ainsi question de relations familiales entre un père et un fils ou entre frères et sœurs, de non-dits et rancunes après un deuil…

Même si cela a manqué parfois de crédibilité, j’ai apprécié le personnage de Charity qui vient « secouer » cette famille aristocratique fortement guindée et laissant peu place aux émotions de chacun au nom de l’étiquette et du devoir. Un bon moment de lecture mais dont la fin se finit abruptement (je me suis même demandée s’il ne manquait pas des pages)! 

Participation # Le Mois Anglais 2026 de Lou et Martine #Romance historique

Au fil des pages avec La petite-fille

J’ai lu La petite-fille de Bernhard Schlink (éd. Gallimard, coll. Folio, n°7408, 2023, rééd. octobre 2024, 400 pages), un roman contemporain se déroulant en Allemagne. Kaspar découvre au décès de son épouse Birgit une part de sa vie qu’elle lui avait caché, à travers le  manuscrit qu’elle avait commencé à écrire depuis plus de 10 ans sur sa vie, de sa fuite de RDA en 1965 vers la RFA et de l’abandon dès sa naissance de sa fille de l’autre côté du Mur. En reprenant le projet de sa femme, Kaspar ne s’attendait pas à pouvoir rencontrer cette fille Svenja, désormais quadragénaire, restée en Allemagne de l’Est et mariée à un néonazi, le couple ayant eu une fille élevée dans cette même mouvance de haine, Sigrun. Et si c’était par elle qu’une relation pouvait être envisagée? Lui permettra-t-il de s’émanciper grâce à son talent musical?

J’ai eu un peu de mal au départ avec le style d’écriture (ou de traduction?) de l’auteur puis à l’instar de Kaspar, j’ai voulu en savoir plus sur cette « petite-fille » dont il ignorait jusqu’au décès de son épouse l’existence. Acceptera-t-elle sa présence? Pourquoi s’entête-t-il ainsi? J’ai compris cette insistance de Kaspar à connaître cette petite-fille par alliance comme une façon de faire son deuil et de se donner une chance inespérée, à son âge, de créer un lien familial même ténu, malgré leurs différences. Il est vrai que son calme et l’argent dépensé à cet effet peuvent paraître surprenants et m’ont paru souvent, à travers la relation Kaspar/Sigrun comme des facilités scénaristiques qui ont permis à l’auteur d’opposer deux positions politiques ne permettant, a priori, aucune réconciliation possible. J’ai, toutefois, apprécié les questionnements soulevés autour de la réunification de l’Allemagne et des conséquences de cette division d’un pays en deux et qui ont perduré au-delà de la réunification, de la politique allemande contemporaine face à la montée du néonazisme, à l’Est, dans les années 90. Une lecture en demi-teinte qui vaut surtout pour son aspect historique!

Pour d’autres avis sur ce roman: Sorbet Kiwi dans le cadre de son projet RDA. 

 

 

Au fil des pages avec Vivian Maier, A la surface d’un miroir

J’ai lu Vivian Maier, À la surface d’un miroir de Paulina Spucches (éd. Steinkis, novembre 2021, 168 pages), un roman graphique (son premier) s’ouvrant, à chaque chapitre, par une reproduction des photographies de Vivian Maier entre 1952 et 1960. Nurse de profession, Vivian Maier était aussi une photographe de rue autodidacte qui a été reconnue à titre posthume, la plupart de ses photographies n’ayant jamais été développées. Qui était-elle? Que disent d’elle les clichés qu’elle n’a cessé de prendre tout au long de sa vie avec son Rolleiflex?

J’ai apprécié l’idée de l’autrice de partir d’un des nombreux clichés de Vivian Maier, une Américaine d’origine française et d’imaginer le contexte qui pouvait entourer la prise de vue, comme lorsqu’elle fait un autoportrait ou des portraits de passants, animaux ou objets dans la rue et les flashbacks parcellaires de ce qui aurait pu être sa vie dont on sait très peu de choses. Rappelant le fauvisme, les bulles sont très colorées et attirent inévitablement l’œil à l’instar des photographies originales. Tout se joue donc au niveau de l’image et des émotions et interprétations qu’elle suscite, le texte étant peu présent.

Au fil des clichés, se dessine une vie discrète et peu amène, captant sur le vif des instantanés de vie, que ce soit dans les rues de New-York ou à Champsaur… Il y est aussi question de transmission de cette passion. Un bon moment de lecture dans l’ensemble avec cette biographie romancée qui permet de (re)découvrir Vivian Maîer (1926/2009)! A la fin de ma lecture, je suis d’ailleurs allée voir les clichés en noir et blanc de cette période: ici, à défaut d’avoir eu le temps de voir l’été dernier l’exposition « Vivian Maier, au bord du monde » à la Maison des Douanes, à Saint-Palais-sur-Mer. 

Pour d’autres avis sur ce roman graphique: Nathalie , Blandine, Enna et Fanny. 

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #5 Catégorie Objet: « Miroir »

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