Étiquette : thriller judiciaire

Au fil des pages avec Un lundi de Pentecôte

Le week-end dernier, j’ai lu, en e-book, Un lundi de Pentecôte de Patricia Delahaie (éd. Belfond noir, mars 2024, 353 pages), un thriller judiciaire se déroulant dans les années 70, dans le Sud de la France. Âgé de 20 ans, Loïc Peyrat, aux pulsions pédophiles, enlève un lundi de Pentecôte Livia Pozzi, une petite fille de 8 ans dans une cité HLM de Marseille qui jouait dehors avec son petit frère Nino. Le corps de la fillette est retrouvée deux jours plus tard. Ses parents, Marcia et Marcello Pozzi sont dévastés et veulent que justice soit rendue, son petit frère Nino, du haut de ses 6 ans, culpabilisant de ne pas avoir pu protéger Livia. De son côté, la mère de Loïc, Louise Malterre croit en son innocence. Comment son fils si gentil pourrait-il avoir commis un acte aussi ignoble, malgré ses aveux? 

L’autrice revient sur l’affaire Ranucci même si les noms ont été modifiés et certains éléments ont été changés, le pull-over rouge devenant une gourmette ou l’un de ses Avocats une femme, Maître Cyrille Katz, collaboratrice au sein du Cabinet de Maître Pierre Le Callet. Christian Ranucci a été déclaré coupable de l’enlèvement et du meurtre de Marie-Dolorès Rambla, âgée de 8 ans, le 3 juin 1974 et a été condamné à la peine de mort et guillotiné en juillet 1976 dans la prison des Baumettes, à Marseille, bien que mineur aux moments des faits, la majorité civile étant alors à 21 ans et non 18. 

Son récit se place du côté de la psychologie des personnages et le rôle de chacun, de l’enlèvement jusqu’à quelques années après la condamnation, se plaçant à la fois du côté de la famille de la victime que de celle de l’accusé. L’autrice tente de décrypter les faits avant tout à travers la relation entre le jeune homme et sa mère. Celle-ci a-t-elle joué un rôle dans le comportement de son fils, notamment au moment du procès? Peut-elle être blâmée pour cela? Comment aurait-on pu réagir à sa place? Nier l’évidence, être à ses côtés malgré tout, l’encourager à reconnaître les faits ou rejeter définitivement son enfant délinquant? Les mêmes questions peuvent d’ailleurs se poser face à un parent délinquant. 

Je n’ai pas adhéré au parti pris de l’autrice qui, comme en son temps avec Le pull-over rouge de Gilles Perrault paru en août 1978 en vue de la réhabilitation de Christian Renucci, laisse planer des doutes sur la condamnation du jeune homme et revient sur les faits criminels commis par le petit frère des années plus tard. J’ai pourtant trouvé plutôt convaincant l’aspect judiciaire et médiatique avec la garde à vue (même si l’autrice conteste toute possibilité de violences policières), l’instruction menée efficacement par la juge  Régine et le procès, à une époque où les affaires criminelles se résolvaient sans analyse ADN et sans ordinateurs, le rôle des institutions ayant mené à la condamnation (policier, juge d’instruction, avocat, journaliste…), la vérité judiciaire n’étant pas la Vérité… 

Il y est, en effet, aussi question de la médiatisation du procès et du rôle joué par les journalistes Gus Demaison et Pauline Esper, journalistes à Histoires vraies, un magazine de faits divers à sensation, le procès secouant l’opinion publique comme une autre affaire ayant eu lieu quelques mois plus tôt, en janvier 1976, celle de l’enlèvement contre rançon de Philippe Bertrand, âgé de 7 ans et de son meurtre par Patrick Henry. La question de l’abolition de la peine de mort, enjeu sociétal devient alors centrale au cœur de ce procès. Cette question devait-elle se jouer sur l’innocence du jeune homme ou sur sa réinsertion possible? Pouvait-il bénéficier de circonstances atténuantes? Ou était-ce une erreur judiciaire? Ce roman me laisse le même sentiment inconfortable qu’à la fin de ma lecture de Vous ne connaissez rien de moi de Julie Héraclès (éd. JC Lattès, août 2023, 384 pages), un roman historique romançant la vie de Simone Touseau.  

Petit aparté judiciaire: Forcément cela fait écho aux lois répressives et sécuritaires qui ne cessent de mettre à mal la Justice pénale des mineurs au regard du droit français et de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant au détriment de leur protection et de l’assistance éducative (majorité pénale abaissée à 10 ans avec des mesures éducatives depuis la Loi Perben I du 9 septembre 2002, création des centres éducatifs fermés, établissements pénitentiaires pour mineurs dès 13 ans…), surtout lorqu’on a affaire comme ici à des crimes commis sur des mineurs où l’auteur lui-même est mineur. Que cela dit-il sur une société qui considère comme « irrécupérable » un enfant de 10 ans ou un adolescent de 13 ans?

Pour d’autres avis sur ce roman: Sorbet Kiwi.

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Passage du temps: « Lundi »

Au fil des pages avec Le Magnat

Pendant le RAT Holi du week-end dernier, j’ai lu, en e-book, Le Magnat de Vish Dhamija (éd. Mera, avril 2024, 353 pages), un thriller judiciaire indien contemporain. Prem Bedi, surnommé « Le Magnat », âgé de 53 ans et amateur de golf, est accusé par Manish Desai, le beau-frère de son ex-femme, Rea dont il est divorcé depuis 12 ans de l’avoir assassinée, elle et son nouveau mari, Mahesh Desai. Toutes les preuves le désignent coupable. Alors que s’est-il passé la nuit de ce double meurtre? Un cambriolage qui a mal tourné? Une vengeance de Prem si longtemps après un divorce houleux? Et quel serait le mobile? L’argent d’une assurance-vie alors qu’il est déjà si riche et si puissant? Lui qui apparaît si impassible pendant l’enquête puis le procès et qui a choisi un jeune Avocat sans véritable expérience, contrairement à Manish qui se cache derrière la figure éplorée du frère endeuillé tout en tentant de tirer les ficelles à son avantage. Est-ce l’œuvre d’un concurrent de Prem afin de nuire à ses affaires prospères? 

Les chapitres alternent les points de vue des différents personnages à la première personne du singulier. J’ai apprécié la façon dont on se met en branle une fois le double meurtre découvert, le rôle de chacun des personnages participant à l’enquête et la façon dont l’auteur décrit les mécanismes et rouages judiciaires: le commissaire adjoint Ranjeet Dutta, le policier en charge du dossier et le commissaire Mathur, son supérieur hiérarchique corrompu, le frère et future partie civile malhonnête et opportuniste qui y gagnerait si Prem était condamné, Gajpati Apte le procureur carriériste à l’origine de l’ouverture du procès, le juge Chowdhary d’un côté et de l’autre, l’entourage de Prem: Tej Malhotra, son ami et associé qui ne peut s’empêcher d’être inquiet, son avocat Rohan Malhotra qui est convaincu de son innocence, sa cousine Veena et Prem lui-même.

Cela met bien en évidence le fait que la vérité judiciaire n’est pas la Vérité, le doute profitant à l’accusé et la charge de la preuve incombant à l’accusation. Entre manipulations, intrigues et fausses apparences, le doute est-il vraiment permis? A travers ce procès judiciaire et médiatique qui permettra ou non d’innocenter Prem, il y est ainsi question de critique du système judiciaire indien: corruption au sein de la police indienne, d’impunité des puissants, de la couverture médiatique des procès… Il y est d’ailleurs surtout affaire d’hommes dans ce roman, le regard porté sur les femmes étant peu flatteur. 

Mais l’ensemble reste très prévisible et peu original, tant on se doute bien de l’identité du coupable et quand on connaît les ressorts judiciaires d’un procès. Cela m’a d’ailleurs fait penser au fait qu’il arrive très fréquemment en matière de grand banditisme ou de trafics de drogue qu’un Avocat commis d’office soit choisi par le mis en cause au moment de son placement en garde à vue afin de garder l’apparence de respectabilité et de novice en matière criminelle, même si personne n’est dupe. Une lecture qui se lit facilement mais en demi-teinte! Toutefois, je lirai quand même Au nom de la justice, en espérant qu’il n’y ait pas un problème de traduction comme ici avec des coquilles et mots manquants à de trop nombreuses reprises et au style bien trop sommaire. 

Petit aparté judiciaire: Dans ce roman, on est tellement loin de la procédure pénale applicable en France que je n’ai pas réussi à croire à cette enquête, tant j’ai été parasitée par ce qui se fait en France: procédure inquisitoire et non accusatoire comme en Inde, ce qui a des conséquences bien différentes sur le régime de la preuve, notamment au regard du principe du contradictoire au stade de la phase d’instruction puis en cas de renvoi, du procès d’assises et même si l’auteur insiste sur la corruption au sein de la Justice indienne. Dans sa note finale, l’auteur apporte quelques éclaircissements sur les sources légales et juridiques qui l’ont conduit à imaginer ce roman. J’ai ainsi vu en essayant de les retrouver sur Internet qu’une réforme d’envergure avait eu lieu en Inde en 2024 en modernisant entre autres le Code pénal et le système de la preuve issue de la colonisation britannique et du droit commun de la Common Law. 

Participation #6 Les Étapes Indiennes 2026 de Hilde #Thriller judiciaire

Participation #11 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Thriller judiciaire indien

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