Étiquette : inégalités sociales (Page 1 of 10)

Au fil des pages avec le tome 2 de La petite faiseuse de livres

J’ai lu le week-end dernier le tome 2 de La petite faiseuse de livres de Miya Kazuki, Suzuka et You Shiina (éd. Ototo, février 2020, 160 pages), un manga shōnen à partir de 10 ans, l’autrice adaptant sa série de light novels éponyme. J’ai retrouvé avec plaisir Urano Motosu réincarnée en Naïm, une fillette de 5 ans toujours aussi chétive et en proie à de violentes fièvres qui la clouent plusieurs jours au lit. Pour autant, grâce à ses connaissances issues de son ancienne vie et malgré une santé fragile et l’arrivée de l’hiver qui retarde ses plans, elle est toujours aussi déterminée à fabriquer un livre. Après l’échec du parchemin, aura-t-elle plus de réussite avec les tablettes d’argile? 

A travers la quête de la fillette, j’ai apprécié en découvrir un peu plus sur sa nouvelle vie au sein d’Ehrenfest et des liens qu’elle a réussi à tisser entre les membres de sa famille, sa relation avec son père Gunther s’améliorant ou avec son entourage comme son ami Lutz, du même âge qu’elle ou Otto, le soldat travaillant sous les ordres de son père et qui fait d’elle son assistante. Il s’agit ainsi avant tout de tranches de vie du quotidien de la fillette qui a bien du mal à s’adapter à sa nouvelle vie, privée de livres et d’autres objets modernes ou du confort de son ancienne vie. Même les fruits et légumes sont étranges et teintés de magie, comme le paroutier dont la cueillette des fruits (les parous), en hiver, est surprenante et compliquée. 

Graphiquement, elle me plaît toujours autant, en particulier dans ce tome les passages hivernaux, la neige et le blizzard obligeant les habitants à se confiner chez eux, les réserves s’amenuisant et la famille de Naïm s’éclairant à la bougie. Encore un bon moment de lecture avec cette biblio-fantaisie! J’ai d’ailleurs enchaîné avec le tome 3 qui développe encore plus le fonctionnement d’Ehrenfest fortement inégalitaire entre les riches et les pauvres et qui prolonge les préparatifs du baptême de sa sœur aînée Tuuli, une cérémonie permettant à tout enfant de 7 ans de devenir citoyen de la ville et de pouvoir débuter son apprentissage. 

Participation #10 Un Mois au Japon 2026 de Lou et Hilde #Manga shōnen

Participation #30 Challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore #Manga Shōnen

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Objet: « Livres »

Au fil des pages avec La salle de bal

J’ai lu La salle de bal d’Anna Hope (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, août 2017, 400 pages), un roman choral historique se déroulant, en 1911, dans l’asile de Sharston, dans le Yorkshire, en Angleterre avec le point de vue de trois personnages principaux: Ella Fay, nouvelle internée, pauvre et illettrée, après avoir cassé une vitre dans l’usine de filature où elle travaillait depuis son enfance, John Mulligan, un Irlandais mélancolique arrivé il y a 2 ans et le Dr. Charles Fuller, un psychiatre violoniste prenant fait et cause pour les thèses eugénistes et le projet de loi sur le contrôle des faibles d’esprit soutenu par Churchill, alors Ministre de l’Intérieur.

Sous l’impulsion du Dr. Charles Fuller et afin d’améliorer le traitement des personnes internées, des bals sont organisés le vendredi soir, permettant aux hommes et aux femmes de se rencontrer et de danser dans des conditions strictes. C’est ainsi qu’Ella et John vont pouvoir se côtoyer. Et si un avenir à deux était possible? 

J’ai bien plus apprécié ce roman que Ce qu’elle a laissé derrière elle d’Ellen Marie Wiseman (éd. Faubourg-Marigny, mars 2023, 400 pages) et Le Bal des folles de Victoria Mas (éd. Albin Michel, août 2019, 256 pages). Il aborde pourtant les mêmes thèmes mais le récit est bien plus étoffé et mieux amené, que ce soit dans les liens unissant les personnages ou la vie quotidienne au sein de l’asile, chacun devant contribuer à sa fonctionnement, les hommes dehors, souvent dans les champs et les femmes à la buanderie ou dans les cuisines. Au-delà de la vie au sein de l’asile, ce sont les choix politiques au sein de la société anglaise du début du XXe siècle qui sont questionnés. J’ai ainsi trouvé que l’arc narratif autour du médecin psychiatre, refoulant son homosexualité, était bien plus pertinent ici en apportant un enjeu sociétal autour des traitements psychiatriques. Quelle politique de santé mentale privilégier?

Et que dire des patients considérés comme instables non en raison d’un trouble psychologique mais car indigent ou vu comme asocial et anticonformiste? A ce titre, l‘histoire de Clem, une autre jeune femme internée et se liant d’amitié avec Ella est touchante et révoltante. Celle-ci appartient à une famille aisée, son internement lui apparaissant moins pire que le mariage arrangé qu’elle a réussi à fuir et lui permettant d’accéder à sa passion, la lecture. Mais jusqu’à quand?

Il y est ainsi question de la prise en charge psychiatrique au début du XXe siècle, de stérilisation forcée, de seconde chance, de la condition de la femme, d’inégalités sociales, de dépression, de prémisses d’art-thérapie par la danse, d’émancipation, de quête de liberté…  Un très bon moment de lecture! Il me reste désormais à découvrir Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon (éd. du Sous-sol, février 2025, 400 pages). 

Participation #1 Le Mois Anglais 2026 de Lou et Martine #Roman historique

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #3 Catégorie Musique: « Bal »

Au fil des pages avec Girls Bazaar

Pour la lecture commune d’avril 2026 des Étapes Indiennes, j’ai lu Girls Bazaar de Ruchira Gupta (éd. Slalom, avril 2024, 391 pages), un roman jeunesse à partir de 15/16 ans et inspiré de faits réels, l’autrice après avoir réalisé un documentaire « The Selling of Innocents », lorsqu’elle était journaliste, ayant fondé une ONG Apne Aap.

Heera est une adolescente de 14 ans qui vit avec sa famille pauvre de la caste nomade des Nats, dans la ruelle du quartier surnommé Girls Baazar à Forbesganj, une ville du Bihar, un État du Nord-Est de l’Inde, à la frontière avec le Népal. Lorsqu’elle est renvoyée de l’école après s’être battue avec Manoj un garçon qui la harcèle et dont le père est policier, son avenir est menacé. Malgré la protection de sa mère, pourra-t-elle échapper à la tradition qui condamne les jeunes filles comme elle et ses deux sœurs cadettes, Chotu et Sania, à la prostitution une fois arrivée à la puberté? Finira-t-elle comme sa cousine Mira Di, exploitée sexuellement par ses parents et son frère aîné au sein d’une back-room ou vendue pour être envoyée, à l’étranger comme d’autres jeunes filles enlevées au Népal? Sa rencontre avec Rini Di, la directrice d’un foyer pour jeunes filles lui ouvrira-t-elle une autre voie grâce à l’enseignement du kung-fu? Heera pourra-t-elle être maître de son corps et de son destin?

J’ai eu un peu de mal au départ à entrer dans l’histoire, le style d’écriture étant très simple et descriptif, proche du documentaire. Roman jeunesse oblige, le schéma narratif reste également classique, tout s’enchaînant de façon attendue, préservant le sort de l’adolescente qui m’a paru rester parfois extérieure à son vécu (en particulier lors du deuil de sa petite sœur) même si on ressent bien ses émotions: sa peur, sa détresse, sa colère ou bien encore sa culpabilité d’échapper au même destin que celui de sa cousine ou comme elle le craint, de sa meilleure amie Rosy qui a quitté l’école il y a plusieurs mois.

A travers le personnage de Heera, c’est tout un réseau international de prostitution qui est décrit, les jeunes filles étant enlevées ou vendues par leur famille, après avoir été mariées contre leur gré et vendues à des compagnies de danses ou en leur faisant croire un véritable travail à l’étranger, le trafic s’étendant entre l’Inde, le Népal et les États-Unis. Comment peut-on lutter contre un système bien rôdé qui profite à tout un quartier tenu par le redoutable et riche proxénète Ravi Lala? Comment mettre fin à ces mécanismes de la pauvreté qui ne font qu’entretenir cette tradition? 

Même si les thèmes abordés sont durs, ce récit est plein d’espoir et de solidarité, Heera évoluant et s’affirmant grâce au kung-fu. Il y est ainsi question de prostitution et de trafic d’êtres humains, les proxénètes s’appuyant sur le système des castes qui malgré leur interdiction continuent d’avoir une influence néfaste et liberticide sur la société indienne et la corruption policière tout en faisant la part belle à l’amitié, à la famille (avec son grand frère Salman) et à l’émancipation féminine… Un bon moment de lecture engagé et qui se termine heureusement bien pour Heera et sa famille! Malheureusement ce n’est pas le cas de toutes les victimes, même en France, les proxénètes se faisant souvent passer pour les petits amis. 

Pour d’autres avis sur ce roman ado: Nathalie, Hilde et Books&City (IG) et Chicky Poo.

Participation #7 Les Étapes Indiennes 2026 de Hilde #Roman ado

Au fil des pages avec Les Dames de Kimoto

J’ai commencé par lire Les Dames de Kimoto de Cyril Bonin (éd. Sarbacane, mars 2022, 112 pages), un roman graphique adaptant le roman éponyme de Sawako Ariyoshi et paru pour la première fois en 1959. On y suit la vie des femmes d’une même famille aisée des Matani, sur trois générations, en particulier d’Hana, de la préparation de son mariage arrangé par sa grand-mère à sa vie d’épouse auprès de Keisaku, de mère avec sa fille Fumio puis de grand-mère avec Hanako, de la toute fin du XIXe siècle jusqu’à son décès, dans les années 50, après la défaite japonaise entraînant la chute sociale de la famille. Par son mariage, Hana intègre une la famille Matani avec d’autres règles de vie. Éduquée, élégante et intelligente, elle tente de trouver sa place parmi son mari, ses beaux-parents, son beau-frère Kôsaku et les domestiques. Y parviendra-t-elle?

Il est ainsi question de l’évolution de la société japonaise sur plusieurs décennies avec son ouverture sur l’Occident, entre modernité, conflits, coutumes religieuses, traditions familiales et superstitions culturelles, de la condition de la femme japonaise, d’inégalités sociales, de la famille japonaise au sens large très hiérarchisée avec les branches principales et collatérales et les tensions que cela peut générer entre aînés et cadets, comme entre les deux frères Matani avec la jalousie et l’humeur agressive de Kôsaku, d’éducation, de fossé intergénérationnel à l’image de Fumio qui revendique l’émancipation féminine et l’égalité de sexes… Comment chacun des membres de cette famille réussira-t-il à concrétiser ses aspirations et trouver sa part de bonheur et de liberté? La relation entre Hana et Fumio s’apaisera-t-elle à la naissance de Hanako?

Graphiquement, les bulles à l’intérieur sont à l’image de l’illustration de couverture avec du rose, de l’ocre et du vert. Cela m’a plu même si j’ai regretté que les visages soient peu expressifs, cette monotonie allant certes de pair avec la rigidité de la société japonaise mais rendant plus difficile le déroulé chronologique du récit. 

Puis j’ai lu quelques jours plus tard le roman originel en trois parties de Sawako Ariyoshi (éd. Folio, n°6552, novembre 2018, 320 pages), retrouvant la même structure narrative et même la plupart des dialogues. Cette adaptation graphique est fidèle même si j’ai trouvé, par exemple, plus finement amenée, dans le roman, l’audace discrète d’Hana qui a été élevée en matière d’étiquette et d’arts domestiques (cérémonie du thé, art floral et koto) pour être la parfaite bonne épouse et mère avisée et qui entraîne l’incompréhension et même la colère de sa fille alors que son éducation prônant l’élégance et la modestie comme vertus féminies a été un frein à son émancipation. Son mari Keisaku fait d’ailleurs passer ses aspirations politiques, son sens moral et sa réputation de bon chef de famille (maire du village puis candidat au conseil préfectoral…) avant sa vie de couple. Les deux époux se rejoignent sur l’importance de la respectabilité et de la réussite sociale, le regard des autres primant. Un bon voire très bon moment de lecture avec cette fresque familiale et sociale, même si on reste parfois à distance de leurs ressentis! Je conseillerai de lire le roman avant. 

J’ai enfin noté quelques bulles gourmandes avec le repas de mariage, les fêtes de fin d’année en 1905 avec les fleurs de mochi (p. 44/45 de la BD) ou les fukumochi préparés par la belle-mère de Hana (p.108 du roman) ou les différentes cérémonies de thé, de saké ou repas en famille évoluant au fil des ans…

Pour d’autres avis: Nathalie (BD). 

La BD de la semaine chez Moka pour cette semaine

Participation #3 Un Mois au Japon 2026 de Lou et Hilde

Participation #8 au Challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie #Classique japonais

 

Au fil des pages avec Le secret de Briar’s Hall (T4)

J’ai lu, en e-book, Le secret de Briar’s Hall, une enquête de Loveday & Ryder de Faith Martin (éd. Harper Collins, juin 2021, 285 pages), le tome 4 de cette série « cosy mystery » se déroulant à Oxford, en avril 1961. Au cours de la chasse aux œufs de Pâques organisée pour les enfants du village sur la propriété de Briar’s Hall, un des enfants, Eddie Proctor âgé de 11 ans, disparaît. Son corps est retrouvé dans un puits. Est-ce vraiment un accident tragique? A la demande du propriétaire du manoir, Martin de Lacey, le Dr Clement Ryder est autorisé à rouvrir l’enquête assistée de la jeune stagiaire de police, Trudy Loveday. Qui aurait voulu s’en prendre à la victime dont le père est un des ouvriers agricoles du domaine et qui était un ami d’Emily de Lacey, la fille du propriétaire, les deux enfants s’amusant à jouer aux espions sur la propriété? Et si leurs jeux d’enfants avaient mal tournés? 

J’ai apprécié retrouvé ce duo d’enquêteurs sur une enquête plus complexe qu’ils ne le pensaient. Arriveront-ils à démêler le vrai du faux tout en surmontant leurs problèmes personnels? Que cache l’hostilité de la gouvernante, Mme Roger qui les tient loin de la jeune Emily? Doivent-ils également regarder du côté de la rivalité entre Martin de Lacey et son cousin Oliver, professeur à l’université d’Oxford enseignant dans le domaine du nucléaire, les deux courtisant la même jeune femme, Melle Chandler, une riche héritière américaine? 

Derrière l’enquête qui prend son temps, on découvre un peu plus la société anglaise des années 60, notamment à travers la condition de la femme, l’homosexualité (Trudy restant bien naïve sur ce sujet) ou l’arrivée des postes de télévision au sein des foyers, le programme nucléaire en pleine Guerre froide… Mais j’ai trouvé que l’autrice s’épanchait un peu trop à mon goût sur les craintes du Dr Ryder autour de sa maladie de Parkinson ou sur les réticences des parents de Trudy à la voir exercer son métier de policière plutôt que de se marier avec son ami d’enfance, Brian. Malgré leur amitié et le respect mutuel, ni le Dr Ryder ni Trudy n’ose se confier l’un à l’autre. Le feront-ils dans les prochains tomes? Encore une lecture bien agréable! Je lirai la suite en espérant que l’intrigue soit plus prenante que celle-ci.

Participation #12 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Cosy mystery

« Older posts

© 2026 JOJO EN HERBE

Theme by Anders NorenUp ↑