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Pause ciné: Là où chantent les écrevisses

J’ai regardé Là où chantent les écrevisses, un film américain réalisé par Olivia Newman, sorti en 2022 avec dans les rôles-titres: Daisy Edgar-Jones (Kya), Taylor John Smith (Tate) et Harris Dickinson (Chase). Il s’agit d’une adaptation du roman éponyme de Delia Owens que j’avais lu en 2020 et paru pour la première fois aux États-Unis en 2018.  A Barkley Cove, en Caroline du Nord, a grandi Catherine « Kya » Danielle Clark et qui au fil des années, après le départ successif des membres de sa famille, s’est retrouvée à vivre et se débrouiller toute seule et dans la pauvreté dans une cabane au fond des marais. Entre légende et méfiance, celle-ci est devenue « la Fille des Marais » jusqu’au jour de son arrestation pour meurtre, en 1969, de Chase Andrews. Face à tant de préjugés, est-elle vraiment coupable?  

J’ai trouvé particulièrement réussi l’ambiance si particulière aux marais et marécages. Mais pour le reste, je l’ai trouvé plus fade et lisse, un peu trop « propre » et formaté, avec plus de raccourcis scénaristiques et trop tourné sur les romances de l’héroïne même si le tout reste fidèle au roman.

Toute la partie jeunesse de la jeune fille a été condensée alors qu’elle prend une large part dans le roman, pour n’être réduit à quelques courtes années adolescentes au côté de Tate Walker, avant son départ à l’université. C’est pourtant bien enfants que Kya et Tate tissent une amitié solide se transformant en premiers émois amoureux, le jeune garçon arrivant à percer, petit à petit, la carapace de la jeune fille à travers des plumes qu’il ramasse pour elles et en lui apprenant à lire et écrire.

J’ai trouvé cela dommage car l’aspect apprentissage et émancipation de la jeune fille faisait la force du roman: sa résilience face aux abandons successifs et son isolement au sein des marais, son épanouissement et émerveillement au contact de la faune et de la flore au point d’en faire son métier en autodidacte, son ambivalence en souhaitant, malgré ses craintes et ses déceptions, tisser des liens avec ses semblables au point de se rapprocher de Chase Andrews, à l’âge adulte…

De même, tout l’aspect ségrégationniste du roman, avec le couple d’Afro-américains qui prennent sous leurs ailes la fillette est quasiment inexistant du film alors que l’histoire se déroule dans les années 50/60. J’ai toutefois trouvé bien choisi les deux acteurs: Michael Hyatt (Mabel) et Sterling Macer Jr (James « Jumpin » Madison) qui forment ce couple veillant de loin et en se contenant, compte-tenu de leurs conditions, à la fillette à qui elle vend les moules récoltées dans les marais.

J’ai apprécié me replonger dans cette histoire même si ce thriller dramatique n’a pas du tout eu la même portée que le roman pour moi et que je n’aurai pas regardé si je n’avais pas lu le roman avant! J’en retiendrai toutefois son esthétisme et son aspect naturaliste (ce que j’avais d’ailleurs le plus apprécié dans le roman, l’aspect « procès » étant plus classique et déjà vu). D’autre part, par rapport à ma lecture de 2020 et après avoir lu Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, je me rends compte qu’il y a beaucoup de similitudes entre les deux avec un roman d’apprentissage qui se joue autour d’un procès, même si l’issue est bien différente et concerne une jeune femme blanche et pauvre.   

Pour d’autres avis sur le roman et le film: MyaRosa

Au fil des pages avec La danse du temps

J’ai lu La danse du temps d’Anne Tyler (éd. Phébus, avril 2019, 272 pages), un roman contemporain se déroulant à quatre moments-clés de la vie de Willa Drake, à 11 ans en 1967 (après une nouvelle dispute entre sa mère et son père), à 21 ans en 1977 (abandonnant ses études pour se marier), à 41 ans en 1997 (au décès de son premier époux lors d’un accident de la route) puis à 61 ans, en 2017 (ayant refait sa vie, auprès de son second époux, un avocat golfeur à la retraite). Lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique de la voisine de Denise, l’ex-petite amie de son fils aîné, Sean, lui annonçant, par erreur, que sa petite-fille de 9 ans, Cheryl, a besoin d’elle le temps que la jeune femme soit hospitalisée après avoir reçu une balle à la jambe, Willa décide immédiatement de quitter sa vie confortable et monotone à Phoenix, en Arizona et de s’occuper de la fillette, à Baltimore, dans le Maryland, le temps de la guérison de Denise. Même si son attitude déconcerte son second mari, Peter qui vient avec elle, n’est-il jamais trop tard pour choisir sa vie?

Le roman se décompose en deux parties, même si la première est bien plus courte avec des sauts dans le temps (ces moments dans le passé permettant de dresser le portrait d’une femme sans volonté propre et bien passive face aux événements et rencontres jalonnant sa vie) jusqu’à cet appel téléphonique, en 2017 qui est sur le point de faire basculer son quotidien. Mais est-ce vraiment le cas?  Au fil de cette danse du temps, je me suis demandée quand Willa allait enfin prendre sa vie en main. Pour autant, est-ce si simple de changer de caractère du jour au lendemain? Est-ce seulement possible? La vie vaut-elle de prendre des risques pour être pleinement vécue?

Comme dans Trois jours en juin (éd. Phébus, mai 2025, 240 pages), il ne se passe finalement pas grand chose et j’ai eu de la peine pour cette vie gâchée, même si elle ne semble pas vraiment prendre conscience de ce à quoi elle a renoncé pour ne pas faire de vague et éviter toute instabilité affective et matérielle que lui faisait subir, enfant, une mère impulsive et violente. On y retrouve des thèmes récurrents chez cette autrice: le temps qui passe, la classe moyenne américaine, la famille, les (mauvais) choix de vie… Willa n’a pas su trouver un mari aimant ni réussi à tisser de liens forts avec sa sœur cadette ou même ses deux fils. Elle reste à distance de la vie et des autres. Une lecture en demi-teinte tant j’ai attendu, jusqu’à la toute dernière page, l’épiphanie de cette femme qui laisse les autres décider pour elle!

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #1 Catégorie Musique: « Danse »

Au fil des pages avec Les Nuits blanches

J’ai lu, en e-book, Les Nuits blanches de Fiodor Dostoïevski (éd. Gallimard, Coll. Folio, rééd. septembre 2021, 102 pages), une nouvelle parue pour la première fois en Russie en 1848, sous-titré dans mon édition comme « roman sentimental (Souvenirs d’un rêveur) ». Le narrateur est un jeune homme timide, solitaire et rêveur de 26 ans vivant à Saint-Pétersbourg. Un soir, il ose aborder « une jeune femme » qui pleure sur un pont au bord de la Neva. Celle-ci est une adolescente de 17 ans, Nastienka qui lui confie son histoire aussi solitaire que la sienne, orpheline vivant chez sa grand-mère aveugle. En quatre nuits et un matin, un amour naissant est-il possible entre eux, lui tentant de dissimuler le fait qu’il tombe peu à peu amoureux d’elle et elle qui ne recherche qu’un confident tant elle est éprise de l’ancien locataire étudiant qui tarde à revenir la demander en mariage? Cette rencontre fortuite dans les nuits de la ville endormie sera-t-elle proprice au réconfort de deux êtres esseulés? 

Cette nouvelle est construite comme un long monologue intérieur, brisant dès les premières lignes le quatrième mur en nous interpellant comme « ami lecteur » tout en retranscrivant les discussions entre les deux jeunes gens et les digressions sentimentales et tourmentées du narrateur. Je me suis demandé jusqu’à la fin s’il avait rêvé ou non cette rencontre, lors de longues nuits d’insomnie. Il y est ainsi question de solitude, de sentiments amoureux, de mal-être et d’amour non partagé… Un bon moment de lecture avec cette nouvelle dont j’ai apprécié la chute et que j’ai lue d’une traite, emportée par le lyrisme et la mélancolie romantique du narrateur qui vit intensément cette rencontre, entre espoir et désespoir et quête de sens sur sa propre vie! Cette m’a fait une impression similaire à ce que j’avais ressenti lorsque j’avais vu, il y a longtemps, le film Les Ailes du désir de Win Wenders sorti en 1987. 

Pour d’autres avis sur cette nouvelle: Bianca.

Participation #2 Le Mois Russe 2025 de Bianca #Nouvelle

Participation #4 au Challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie #Nouvelle russe (1848)

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #1 Catégorie Couleur: « Blanches »

Au fil des pages avec La dame au petit chien

En lecture commune avec Nathalie et Isabelle, j’ai lu La dame au petit chien d’Anton Tchekhov (éd. Le Livre de Poche, rééd. juin 2025, 30 pages), une nouvelle russe parue pour la première fois en décembre 1899 et se déroulant à Yalta avec la liaison entre Dmitri Dmitrich Gourov, un banquier moscovite de moins de quarante ans et Anna Serguéievna von Diederitz, âgée de 25 ans et vivant à Saint-Pétersbourg, la « dame au petit chien », un loulou blan, tous deux mariés. Et si une liaison sans lendemain ne l’était finalement pas?

On y suit avant tous les conséquences de cette liaison du point de Gourov qui contre attente se retrouve à « aimer » pour la première fois de sa vie alors qu’il ne pensait à vivre une énième liaison frivole, s’amusant de séduire des femmes pour mieux les rejeter. J’ai apprécié le style d’écriture et lire cette nouvelle sur une histoire pourtant maintes et maintes fois lue et dont j’ai apprécié tourner les pages. Une vie est-elle possible entre ce séducteur repenti et cette jeune femme malheureuse en ménage? Un très courte nouvelle avec une fin très ouverte! On peut s’imaginer une fin plus cynique, un coureur de jupon prix à son propre piège et rejetée par la jeune femme ou une nouvelle vie à deux, l’amour triomphant…

* * *

Puis j’ai lu la seconde nouvelle, plus longue, de mon édition et parue pour la première fois en 1894: Au royaume des femmes (58 pages), lors d’un Noël vécu par Anna Akimovna, une riche héritière et orpheline d’une usine sidérurgique, âgée de 25 ans et célibataire, victime du syndrôme de l’imposteur, ne se sentant ni à sa place à la tête de l’usine qu’elle a héritée et se sentant profondément seul, au point d’envisager un de ses salariés, Piménov.

La jeune femme est touchante et finalement profondément humaine, rêvant à un mariage d’amour et les moyens d’être à la hauteur de ses nouvelles responsabilités qui la terrifie, se cachant derrière l’image d’une généreuse bienfaitrice. Elle se sent terriblement seule, même en cette période de Noël, les gens défilant chez elle pour lui présenter ses vœux et obtenir leurs étrennes.

On retrouve également dans cette nouvelle la question sur l’amour et sur le sens de la vie. Un bon voire très moment de lecture également même si l’auteur laisse le lecteur avec autant de peu de réponses que l’héroïne sur son futur! J’ai apprécié ce personnage féminin, « une femme fin de siècle ». Comme surmontera-t-elle sa nature pusillanime et être plus audacieuse? Parviendra-t-elle à gérer l’usine? Finira-t-elle par se marier par amour? Ou se fera-t-elle abuser par un mari qui dilapidera sa fortune ou par des salariés, comme le directeur de l’usine corrompu? Cela m’a donné envie de lire d’autres écrits « tranches de vie » de Tchekhov. 

Pour d’autres avis sur La dame au petit chien: Nathalie et Isabelle

Participation #2 au Challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie #nouvelles russes (1899 et 1894)

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #1 Catégorie Animal: « Chien »

Participation #13 Challenge il était 13 fois Noël de Chicky Poo et Samarian #Nouvelle

Participation #11 Challenge Christmas Time 2025 de MyaRosa #Nouvelle

Participation #1 Le Mois Russe 2025 de Bianca #Nouvelle

Au fil des pages avec Quelqu’un m’attend derrière la neige

Après l’avoir lu en janvier 2021, j’ai emprunté à nouveau à la médiathèque Quelqu’un m’attend derrière la neige de Timothée de Fombelle et illustré par Thomas Campi (éd. Gallimard Jeunesse, novembre 2019, 56 pages), un roman jeunesse illustré à partir de 7/8 ans selon l’éditeur. La nuit de Noël, Freddy d’Angelo, un livreur de crèmes glacées a une longue route devant lui: partant de Gênes, en Italie, dans son petit camion jaune frigorifique, pour rejoindre l’Angleterre tandis que Gloria, une hirondelle venue d’Afrique s’entête à voler vers le Nord dans le froid de l’hiver. Et si les deux étaient liés par la présence d’un troisième personnage? 

Il est difficile de parler de ce roman jeunesse sans trop en dévoiler, l’intrigue réunissant trois personnages fort attachants et ancrée dans des thèmes sociétaux qui parleront plus aux lecteurs adultes qu’aux plus jeunes, citoyens en herbe. Il y est question de solitude, d’entraide et de solidarité à l’égard des migrants, d’exil, de précarité, d’isolement social… Un bon voire très bon moment de lecture émouvant avec ce conte contemporain de Noël joliment écrit, tout en délicatesse et en humanité!

Petit aparté judiciaire: Mais comme tout conte de Noël, cela est bien loin de la réalité. Le CESEDA sanctionne pénalement l’aide à l’entrée irrégulière ou l’aide au séjour, de nombreuses associations militant pour le droit de solidarité et la dépénalisation de tels actes. Cela m’a forcément parlé.  L’histoire au départ se déroule à la frontière franco-italienne, les contrôles d’identité étant nombreux entre Vintimille et Menton et pouvant déboucher, pour des étrangers se révélant en situation irrégulière, par leur placement en rétention (Police aux frontières de Menton, demande de prolongation devant le Juge des Libertés et de la Détention de Nice au Centre de rétention administrative, remise aux autorités italiennes…). Une autre forme d’hospitalité administrative bien différente que ce joli récit!

Pour un autre avis sur ce roman jeunesse: Isabelle.

Participation #3 Challenge Christmas Time 2025 de MyaRosa #Roman jeunesse illustré

Participation #4 Challenge il était 13 fois Noël de Chicky Poo et Samarian #Roman jeunesse illustré

Participation #36 (Parcours illustré) Challenge Le tour du monde en 80 livres 2025 de Bidib #Italie (Illustrateur)

Participation #10 Challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore #Roman jeunesse illustré

Participation # Challenge Contes & Légendes 2025 de Bidib #Contes contemporain de Noël

Participation # Challenge Des livres (et des écrans) en cuisine 2025 de Bidib et Fondant #Glace italienne

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