Étiquette : séparation (Page 1 of 2)

Au fil des pages avec Le lit clos

J’ai lu Le lit clos de Sophie Brocas (éd. Mialet Barrault, janvier 2025, 336 pages), un roman historique en deux parties et inspiré de faits réels, ceux de la grève des Sardinières en novembre 1924 à Douarnenez, en Bretagne, déclenchée par les ouvrières des conserveries de poissons qui réclamaient une hausse de salaire (1,25 franc de l’heure au lieu de 80 centimes) face à la pénibilité et même l’illégalité de leurs conditions de travail (travail des enfants de moins de 12 ans et travail de nuit pourtant interdit pour les femmes), avec le soutien du maire communiste de la ville qui la médiatisa. Cette grève dura du 21 novembre 1924 au 6 janvier 2025, les usiniers refusant de céder face aux grévistes unis et faisant appel à des briseurs de grève, manœuvre qui n’eut pas l’effet escompté.

Parmi les femmes grévistes de ce roman, l’autrice imagine l’histoire de deux d’entre elles: Rose, une jeune paysanne catholique allant sur la fin de ses 17 ans et qui n’a pas eu d’autre choix que de se faire embaucher à l’usine après le décès de sa mère en couches et Louise, une jeune veuve de 25 ans d’un cheminot communiste, audacieuse, républicaine et à la belle voix de chanteuse. Ce mouvement de révolte permettra-t-il aussi l’émancipation féminine et la liberté d’aimer qui on veut? Ou leur éducation bien différente à chacune sera-t-elle un frein? 

Ce roman aurait pu se terminer sur la première partie, malgré la fin ouverte, laissant chacune des deux femmes à leur destin, l’une dans un mariage conformiste et l’autre tentant sa chance dans le Paris anticonformiste et avant-gardiste des années Folles. Derrière la grève de 1924, il est, en effet, surtout question d’un amour saphique impossible, de condition de la femme dans une Bretagne des années 20 très conservatrice et catholique, d’ascension sociale, du poids des traditions et de la religion catholique… 

Mais l’autrice a poursuivi son roman sur une seconde partie au style bien différent et qui ne m’a pas plu, Rose et Louise continuant leur vie chacune de leur côté, vie que nous découvrons à travers leur journal intime. La passion partagée lors de la grève les hante encore mais d’autres préoccupations et aspirations dominent: la sécurité matérielle et le désir d’enfant pour Rose qui veut sortir de la pauvreté par un beau mariage avec un pêcheur de langoustes vertes et le droit de vote pour les femmes et l’égalité des sexes pour Louise qui se fait engagée comme femme de chambre d’une comtesse espagnole et qui va percer comme chanteuse de music-hall. 

Alors que la première partie semblait bien documentée même si tout s’enchaîne très vite et que l’autrice a fait le choix de changer le nom du maire communiste de Douarnenez en lui donnant un fort mauvais rôle: manipulateur, arriviste et misogyne et même si j’ignore si Daniel Le Flanchec (1881/1944) avait ou non une telle personnalité, la seconde l’ait moins puisque Louise se retrouve plongée dans un Paris artistique des années 20, rencontrant Fernand Léger et Pablo Picasso et croisant même Marcel Proust décédé en 1922…  Je n’ai pas compris cette charge idéologique contre le Parti Communiste si ce n’est, peut-être, que l’autrice actuellement Préfète a voulu défendre ses propres idées politiques. Je m’attendais d’ailleurs, à un moment, que Louise soit parmi la liste des femmes envisagées pour se présenter lors des élections municipales de 1925, à l’image de Joséphine Pencalet qui a été élue, sur la liste du PCF, grâce à un flou juridique et qui a pu siéger au conseil municipal de Douarnenez avant son annulation mais dont l’autrice ne fait même pas état.

Une lecture bien décevante tant je m’attendais à ce que l’histoire s’ancre dans ce grand mouvement ouvrier féminin du début du XXe siècle et non à ce que la romance saphique prenne ainsi le pas sur les revendications sociales et enjeux politiques, la grève n’étant que le cœur du sujet de la première partie! J’ai d’ailleurs failli arrêté de le lire tant la seconde partie m’a paru inutile et banale, malgré le personnage de la comtesse espagnole. J’espère que la BD historique, Le Chœur des Sardinières de Léah Touitou et Max Lewko (éd. Steinkis, janvier 2025, 137 pages), parue le même mois et qui me tentait bien aussi autour de cette grève sera mieux réussie.

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #2 Catégorie Objet: « Lit »

Au fil des pages avec La malentendue

J’ai lu La malentendue de Yolaine Destremau (éd. Charleston, octobre 2022, 192 pages), un court roman abordant, avec réalisme bien que de façon fictive, les violences conjugales et son cycle. Cécilia a appris à dissocier sa vie professionnelle et sa vie personnelle, étant deux femmes fort différentes en tant qu’Avocate et en tant que mère de deux filles et épouse. Là où elle s’impose et n’a peur de rien au travail, elle devient effacée et sur le qui-vive auprès de son époux, Abel. Mais une telle dissociation est-elle tenable?

J’ai apprécié que malgré le thème abordé, l’histoire ne soit pas larmoyante, le style épuré et factuel disséquant la vie des personnages comme dans un dossier pénal, la tension étant entretenue par le fait de savoir si (et pas forcément quand) Cécilia aura le déclic pour quitter son mari. On y retrouve, en effet, tout le mécanisme des violences conjugales, les doutes et remises en question de la victime, la perte d’estime de soi et du côté de l’auteur, les violences verbales et physiques, la culpabilisation, le charme, la victimisation, les mensonges tellement répétés qu’ils apparaissent véridiques (blessures liées à la maladresse, l’alcoolisme…), la possessivité…

Cécilia est prise dans cette spirale d’emprise psychologique, oscillant entre déni, peur, honte et détresse, sans savoir comment y mettre fin, coupée au fil des années de tout entourage (amis et famille), malgré certaines aides extérieures (une inconnue dans un café, un psy, un policier ou même un client…). On sait, en effet, qu’une victime de violence conjugale va faire de nombreux allers-retours avant de peut-être partir ou déposer plainte, tous les moments de répit ou de joie faisant croire que cela va s’arrêter (ce qu’on appelle les périodes de « lune de miel »). C’est un long processus qui n’a rien d’évident et de simple pour la victime. Si le sujet vous intéresse, de nombreuses études canadiennes ont été réalisées et ont influencé la législation française actuelle.

Mais cela aurait été, à mon avis, plus convaincant si l’autrice avait choisi un autre métier à Cécilia car pour une « brillante » avocate généraliste qui fait du pénal, elle ne connaît même pas la distinction entre une main courante et une plainte! De même, en traitant de dossiers pénaux, elle a bien dû, à un moment ou un autre, avoir à en traiter un, à tout le moins, attendre dans une salle d’audience son tour pour plaider et donc entendre de nombreuses affaires de violences conjugales, les comparutions immédiates passant immédiatement après les renvois. Je n’ai pas trouvé cela réaliste. Une autre profession considérée comme « bourgeoise » aurait pu être choisie afin de mettre en avant l’autonomie financière de l’épouse.

Dans ce roman, il est, en effet, rappelé que les violences conjugales touchent tous les milieux sociaux, pauvres ou aisés, comme c’est le cas d’ailleurs pour toutes les violences intrafamiliales, comme sur les enfants (maltraitance, inceste…). Il relève également les dysfonctionnements institutionnels et la prise en charge parfois défaillante des policiers dans le recueil de la plainte, même si depuis une dizaine d’années, cela s’est bien amélioré, que ce soit au moment du dépôt de plainte que dans la poursuite des faits, de nombreux Parquets ayant fait une priorité des violences intrafamiliales, poursuivant l’auteur en comparution immédiate, même lorsque celui-ci a un casier vierge, selon la gravité des blessures.

Cela m’a fait d’ailleurs penser à deux affaires en particulier, celle d’une victime qui s’est sentie forcée par les policiers à déposer plainte à l’encontre de son mari, minimisant les coups reçus et face à la vitesse de la comparution immédiate, ne sachant pas où vivre et de quoi vivre, avec ses enfants, sans son mari, restant « perdue » à la fin de l’audience et celle dans laquelle la victime ayant appelé avec un « téléphone grave danger » son ancien compagnon auteur des violences conjugales alors qu’elle avait été prise en charge dans un hôtel dédié dont elle lui avait donné l’adresse afin qu’il la rejoigne.

Enfin, au vu de la fin ouverte du roman (attention spoiler), l’autrice remet en débat la question de la légitime défense, certaines affaires médiatiques ayant conduit à s’interroger sur une légitime défense différée afin de tenir compte du cas particulier de la femme battue. D’ailleurs, en matière de violences conjugales au sens large (mariage ou concubinage), il y a encore des avancées à faire judiciairement dans la prise en charge des enfants, victimes également, sujet traité par exemple dans Ceci n’est pas un fait divers de Philippe Besson (éd. Julliard, janvier 2023, 208 pages), un roman sociétal court traitant d’un féminicide (ce qu’on appelait autrefois un crime passionnel) du point de vue du fils aîné de la victime mais dont la lecture m’avait déçue en raison des trop nombreux clichés et erreurs judiciaires commises par l’auteur.

Pour d’autres avis sur ce roman: Bianca.

Au fil des pages avec Dernier arrêt pour le Renne Express

Nous avons lu et relu en décembre et encore début janvier Dernier arrêt pour le Renne Express de Maudie Powell-Tuck et Karl James Mountford (éd. Sassi Junior, 2022, 32 pages), un album jeunesse paru pour la première fois en Grande-Bretagne en 2017, avec des rabats à ouvrir et à partir de 5 ans . A Noël, le père de Mia lui manque beaucoup. Alors qu’elle va dans un marché de Noël avec sa mère, la petite fille est attirée par une étrange boîte aux lettres au moment où elle veut poster une carte pour son père. Et si un merveilleux voyage l’attendait derrière la porte de cette boîte aux lettres?

Il y est ainsi question d’un parent absent, d’amour filial et paternel, de la relation père/fille qui se construit malgré la séparation due au travail du père loin de chez lui avec un soupçon de magie de Noël (le Renne Express transportant la petite fille chez son père dans un fabuleux voyage que seule l’imagination enfantine peut créer). Malgré la distance, chacun pense à l’autre et l’aime en retour. Cela peut ainsi répondre aux interrogations d’un jeune lecteur qui vit une telle situation de séparation.

Les illustrations de Karl James Mountford sont très jolies, dans une ambiance de Noël festive. Un suspense s’installe à chaque petit rabat à soulever, donnant l’impression au lecteur de faire un bond dans la page suivante, comme si nous étions aux côtés de Mia et du renne. Cela m’a rappelé l’ambiance enfantine, poétique et un brin magique des histoires de Nina de de Nicola Killen. Un très bon moment de lecture avec cet album jeunesse bienveillant et dans l’esprit de Noël!

Participation #22 Challenge Christmas Time 2023 de MyaRosa #Album jeunesse

Participation #24 Challenge Il était 11 fois Noël Chicky Poo et Samarian #Album jeunesse

Challenge Petit Bac d’Enna #2 Catégorie Animal: « Renne »

Participation #4 (Parcours illustré) Challenge Le tour du monde en 80 livres 2024 de Bidib#Royaume-Uni

Au fil des pages avec La fileuse de brume

J’avais lu, à l’été 2021, La fileuse de brume d’Agnès de Lestrade et Valeria Docampo (éd. Alice Jeunesse, 2018, 40 pages), un album jeunesse à partir de 5/6 ans dont je me rends compte, venant de lire Le temps des cerises du même duo autrice/illustratrice que je ne l’avais pas encore chroniqué sur le blog. Tous les matins, Rose, une petite fille capture la brume qui recouvre son pays et fabrique avec des créations qu’elle vend aux habitants, une façon pour eux de cacher ce qu’ils ne veulent pas voir. Et si pourtant l’espoir était encore possible? Rose peut-elle vraiment espérer le retour de son père et retrouver sa joie de vivre?

L’histoire aborde avec délicatesse et poésie la séparation d’avec un parent, ici la longue absence d’un père pour une petite fille. Il y est ainsi question de tristesse, de chagrin et de relation père/fille. Les illustrations de Valeria Docampo sont magnifiques et mettent en scène cette brume à travers l’utilisation de calques crayonnés s’intercalant de-ci de-là et jouant avec la lumière, la transparence et la superposition de textes ou d’images. La brume recouvre de plus en plus le pays de Rose tellement son cœur est triste. Elle personnifie le brouillard intérieur de la petite fille. Puis petit à petit, l’espoir renaît dans le cœur de Rose. La brume et le chagrin s’estompent, les illustrations prenant une teinte jaune et joyeuse. Coup de cœur pour cet album jeunesse magnifiquement illustré!

Challenge Petit Bac d’Enna #4 Catégorie Couleur: « Brume »

Participation #27 (Parcours illustré) Challenge Le tour du monde en 80 livres 2023 de Bidib #Argentine (illustratrice)

Au fil des pages avec Même pas en rêve!

En janvier 2022, nous avions lu et relu Même pas en rêve! de Beatrice Alemagna (éd. L’école des loisirs, 2021), un album jeunesse à partir de 3 ans et repéré chez Bidib qui l’avait aussi bien apprécié. C’est le premier jour d’école pour Pascaline, une chauve-souris. Mais il est hors de question pour elle d’y aller au point qu’elle crie sur ses parents qui rapetissent. Elle les cache sous son aile et part à l’école, rassurée d’avoir ses parents avec elle. Et si pourtant l’école sans les parents c’était mieux?

Comme toute histoire de première rentrée des classes, Pascaline va vivre les temps forts d’une journée d’école tout en devant s’occuper de ses parents et faire face à sa peur de la séparation. Les illustrations à l’aquarelle sont pleines de pep’s et colorées, avec l’utilisation par l’autrice-illustratrice d’un rose bonbon fluo qui au premier abord détonne. Pascaline avec sa petite bouille d’effrontée est attachante. Elle personnifie à merveille le petit enfant à travers ses mimiques très expressives et les émotions ressenties. Un bon moment de lecture rigolo! Attention cependant il est possible après la lecture d’entendre très souvent les enfants dire des « Même pas en rêve! » à tout va.

Pour un autre avis sur cet album jeunesse: Bidib.

Challenge Petit Bac d’Enna #6 Catégorie Ponctuation: « ! »

Participation #72 Challenge Le tour du monde en 80 livres de Bidib #Italie

« Older posts

© 2026 JOJO EN HERBE

Theme by Anders NorenUp ↑