Étiquette : émancipation (Page 1 of 2)

Au fil des pages avec Les Dames de Kimoto

J’ai commencé par lire Les Dames de Kimoto de Cyril Bonin (éd. Sarbacane, mars 2022, 112 pages), un roman graphique adaptant le roman éponyme de Sawako Ariyoshi et paru pour la première fois en 1959. On y suit la vie des femmes d’une même famille aisée des Matani, sur trois générations, en particulier d’Hana, de la préparation de son mariage arrangé par sa grand-mère à sa vie d’épouse auprès de Keisaku, de mère avec sa fille Fumio puis de grand-mère avec Hanako, de la toute fin du XIXe siècle jusqu’à son décès, dans les années 50, après la défaite japonaise entraînant la chute sociale de la famille. Par son mariage, Hana intègre une la famille Matani avec d’autres règles de vie. Éduquée, élégante et intelligente, elle tente de trouver sa place parmi son mari, ses beaux-parents, son beau-frère Kôsaku et les domestiques. Y parviendra-t-elle?

Il est ainsi question de l’évolution de la société japonaise sur plusieurs décennies avec son ouverture sur l’Occident, entre modernité, conflits, coutumes religieuses, traditions familiales et superstitions culturelles, de la condition de la femme japonaise, d’inégalités sociales, de la famille japonaise au sens large très hiérarchisée avec les branches principales et collatérales et les tensions que cela peut générer entre aînés et cadets, comme entre les deux frères Matani avec la jalousie et l’humeur agressive de Kôsaku, d’éducation, de fossé intergénérationnel à l’image de Fumio qui revendique l’émancipation féminine et l’égalité de sexes… Comment chacun des membres de cette famille réussira-t-il à concrétiser ses aspirations et trouver sa part de bonheur et de liberté? La relation entre Hana et Fumio s’apaisera-t-elle à la naissance de Hanako?

Graphiquement, les bulles à l’intérieur sont à l’image de l’illustration de couverture avec du rose, de l’ocre et du vert. Cela m’a plu même si j’ai regretté que les visages soient peu expressifs, cette monotonie allant certes de pair avec la rigidité de la société japonaise mais rendant plus difficile le déroulé chronologique du récit. 

Puis j’ai lu quelques jours plus tard le roman originel en trois parties de Sawako Ariyoshi (éd. Folio, n°6552, novembre 2018, 320 pages), retrouvant la même structure narrative et même la plupart des dialogues. Cette adaptation graphique est fidèle même si j’ai trouvé, par exemple, plus finement amenée, dans le roman, l’audace discrète d’Hana qui a été élevée en matière d’étiquette et d’arts domestiques (cérémonie du thé, art floral et koto) pour être la parfaite bonne épouse et mère avisée et qui entraîne l’incompréhension et même la colère de sa fille alors que son éducation prônant l’élégance et la modestie comme vertus féminies a été un frein à son émancipation. Son mari Keisaku fait d’ailleurs passer ses aspirations politiques, son sens moral et sa réputation de bon chef de famille (maire du village puis candidat au conseil préfectoral…) avant sa vie de couple. Les deux époux se rejoignent sur l’importance de la respectabilité et de la réussite sociale, le regard des autres primant. Un bon voire très bon moment de lecture avec cette fresque familiale et sociale, même si on reste parfois à distance de leurs ressentis! Je conseillerai de lire le roman avant. 

J’ai enfin noté quelques bulles gourmandes avec le repas de mariage, les fêtes de fin d’année en 1905 avec les fleurs de mochi (p. 44/45 de la BD) ou les fukumochi préparés par la belle-mère de Hana (p.108 du roman) ou les différentes cérémonies de thé, de saké ou repas en famille évoluant au fil des ans…

Pour d’autres avis: Nathalie (BD). 

La BD de la semaine chez Moka pour cette semaine

Participation #3 Un Mois au Japon 2026 de Lou et Hilde

Participation #8 au Challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie #Classique japonais

 

Au fil des pages avec Le secret de Miss Greene

J’ai lu, en version numérique via ma médiathèque, Le Secret de Miss Greene de Nicolas Antona et Nina Jacqmin (éd. Le Lombard, janvier 2025, 152 pages), un roman graphique pour adultes même si classé à partir de 12 ans selon l’éditeur. Après le décès de sa grand-mère maternelle, Belle Greener scelle un pacte avec sa mère et ses jeunes frères et sœurs pour se déclarer comme une famille blanche, sans aucune ascendance afro-américaine, en déménageant à New-York sous l’identité de Da Costa Greene, d’origine portugaise et pouvant expliquer le teint olive de la jeune femme et de son frère. Ils devront garder secret leur ascendance afro-américaine et ne pas avoir d’enfant afin de ne pas trahir leur secret. Grâce à ce « passing » risqué, au début des années 1900, la jeune femme peut suivre une scolarité interdite aux personnes de couleur et se former au métier de bibliothécaire, intégrant l’université de Princeton avant d’obtenir son premier poste. Mais pourra-t-elle conserver toute sa vie le secret de cette transgression et renier sa véritable identité?

Graphiquement, ce roman graphique m’a bien plu, tout comme découvrir l’histoire de Belle Da Costa Greene (1879/1950), même si j’ai trouvé que le récit était un peu trop linéaire et manquait en quelque sorte de souffle épique et de profondeur alors même que tout se prêtait à plus de tension dramatique. J’ai eu l’impression, en effet, que le secret de la jeune bibliothécaire était presque sans réelle conséquence au quotidien tant rien ne semble contrarier la jeune femme tant dans son ascension professionnelle auprès du puissant et riche magnat financier, banquier et collectionneur d’art, John Pierpont Morgan, propriétaire de la prestigieuse Morgan Library que dans sa vie amoureuse, en particulier sa relation passionnée avec Bernard Berenson, un historien réputé de l’art spécialiste de la Renaissance italienne et marié.

Plus que le secret des origines afro-américaines cachées de l’héroïne, il s’agit avant tout d’une quête d’émancipation féminine d’une jeune femme passionnée de livres, dans une société américaine profondément ségrégationniste et patriarcale. Elle devient une redoutable et admirée négociatrice en art et toute sa vie durant, refuse d’avoir des enfants. Elle se révèle cultivée, déterminée, audacieuse et libre de vivre comme elle l’entend, même si c’est au prix de ses véritables origines et alors que son père est un activiste pour les droits des Afro-américains. Mais sans ce secret, Belle aurait-elle pu avoir la même vie? Un bon moment de lecture très intéressant et qui se termine sur un court dossier biographique! 

A travers la biographie romancée de Belle Greene, il y est ainsi question de la One Drup Rule (la « règle de l’unique goutte de sang ») issue des lois ségrégationnistes en vigueur jusqu’en 1694 et qui divisait, de façon discriminatoire, la population américaine en deux catégories: les « White » et les « Colored », la mention étant portée sur les papiers d’identité et conditionnant toute une vie de discriminations ou non. Cela poussait de nombreux Afro-américains à la peau claire, au cheveux lisses et de type caucasien du fait de leur métissage à se faire passer pour des blancs, comme l’a fait la famille de Belle Greene. Mais le « passing » n’était pas sans risque pour celles et ceux qui étaient démasqués tant la « noirceur invisible » était redoutée par les ségrégationnistes.

Il y est aussi question de la condition de la femme afro-américaine, du monde de la culture et de l’art, la jeune femme parcourant le monde et les salles de vente à la recherche de la meilleure acquisition pour la Morgan Library, de l’histoire américaine avec le krach boursier de 1907 ou le naufrage du Titanic (JP Morgan en ayant été le propriétaire)… 

Peut-être que le roman s’inspirant de sa vie, Belle Greene d’Alexandra Lapierre (éd. Flammarion, janvier 2021, 544 pages) et que j’ai prévu de lire également, une fois emprunté  à la médiathèque, reviendra davantage sur les difficultés au quotidien de cette transgression? 

Pour d’autres avis sur ce roman graphique: Nathalie, Tachan et Enna.

La BD de la semaine chez Noukette pour cette semaine

Participation #1 AAHM Challenge 2026 d’Enna

Au fil des pages avec Pour que brûle l’espoir

J’ai lu Pour que brûle l’espoir de Rachel Beanland (éd. Faubourg Marigny, octobre 2024, 460 pages), un roman choral historique se déroulant sur quelques jours, du 26 au 29 décembre 1811, après l’incendie, en pleine représentation de la pièce de théâtre qui se joue à guichets fermés par la Placide & Green Company à Richmond, en Virginie et dans lequel nous suivons, tour à tour, le destin de 4 personnages principaux.

Dans les loges du troisième étage, Sally Henry Campbell, veuve depuis peu, tente de se sauver avec son beau-frère et sa femme. Dans la galerie des gens de couleur, Cecily Patterson, esclave de 19 ans y voit un répit à sa cruelle condition et même l’occasion d’échapper à ses propriétaires, en particulier leur fils, Price.  Dans les coulisses dont le feu est parti, Jack Gibson, jeune machiniste orphelin de 14 ans, tente d’être le plus juste possible et a dû mal à accepter la stratégie de la compagnie de théâtre qui est de rejeter la faute de l’incendie sur une émeute d’esclaves. Quant à Gilbert Hunt, un esclave forgeron, il vient en aide aux spectateurs piégés dans les flammes, en sauvant une douzaine de femmes avec l’aide d’un médecin, ce qui provoquera l’ire de son propriétaire. Et si cette incendie allait irrémédiablement changer leur existence ou non?  

Après avoir mis un temps à accepter le style d’écriture au présent (avec plusieurs erreurs dans la concordance des temps dont je ne sais pas si c’est dû à l’autrice ou à la traduction), j’ai enchaîné les chapitres courts et rythmés qui passent d’un des 4 personnages à l’autre en maintenant la tension et le suspense à son comble sur leur sort. L’espoir est-il permis? Sally surmontera-t-elle son deuil? Cecily découvrira-t-elle la liberté? Gibson fera-t-il le bon choix professionnel? Gilbert arrivera-t-il à s’affranchir avec sa femme?  Il y est ainsi question de la condition de la femme au début du XIXe siècle aux États-Unis, des inégalités sociales et des Afro-américains, d’esclavage dans cet État ségrégationniste du Sud des États-Unis, de solidarité surtout entre femmes, de lâcheté de la part de la plupart des hommes… 

Un très bon moment de lecture malgré les thèmes abordés et richement documentée, la note finale de l’autrice étant très intéressante et revenant sur ces personnages qui ont existé et dont elle s’est inspirée!

Pour d’autres avis sur ce roman: Bianca.

Participation #1 AAHM Challenge 2025 d’Enna

Participation #3 (Parcours littéraire) Challenge Le tour du monde en 80 livres 2025 de Bidib #États-Unis

Au fil des pages avec Le Pirate de cœur

Nous avons relu Le Pirate de cœur de Sébastien Perez et Justine Brax (éd. Albin Michel Jeunesse, septembre 2019, 32 pages), un album jeunesse grand format à partir de 6 ans. Fils et petit-fils de pirate, Louis pense sa vie toute tracée. Mais le temps passant à naviguer à bord de son bateau de pirate, il lui semble manquer son rêve. Parviendra-t-il à écouter son cœur, loin des attentes parentales et donner un sens à sa vie?

Il y est ainsi question de voyage initiatique, d’héritage familial, de quête de soi, d’émancipation et de recherche du sens de la vie, de générosité. Nous apprécions toujours autant la plume de Sébastien Perez, qu’il soit accompagné côté illustration par Benjamin Lacombe ou comme ici par Justine Brax dont on reconnaît immédiatement le coup de crayon. Les illustrations sont magnifiques, avec sa palette de couleurs et de motifs tribaux que l’on retrouve d’album en album. Un très bon moment de lecture en compagnie de Louis, un pirate au grand cœur, en particulier pour les illustrations qui invitent à s’évader à notre tour!

Challenge Petit Bac d’Enna #1 Catégorie Partie du corps (humain): « Cœur »

Au fil des pages avec Les mauvaises épouses

Repéré quelques mois après sa parution, j’ai lu Les mauvaises épouses de Zoé Brisby (éd. Albin Michel, mars 2023, 336 pages), un roman historique se déroulant entre 1952 et 1953, en pleine Guerre Froide et maccarthysme, sur la base militaire fictive d’Artemisia Lane, dans le désert du Nevada, à quelques kilomètres du site des essais nucléaires et de la toute nouvelle petite ville de Las Vegas qui attire de plus en plus de journalistes et de touristes qui viennent assister en famille et sans protection si ce n’est des lunettes de soleil, au lancement de bombes atomiques comme s’il s’agissait de feux d’artifices et sans avoir conscience des conséquences des retombées radioactives.

A Artemisia Lane, Summer Porter est la dévouée et introvertie épouse d’Edward, le chef du Département scientifique de la base NST – Nevada Test Site – qui voue sa vie au projet de la nouvelle bombe atomique en parfait Américain face à la menace communiste. Summer, elle, est plus réservée sur ce spectacle fait aux essais atomiques qui la rendent malade (nez qui saigne, fausses couches à répétition…). Mais malgré ses doutes qui se sont renforcées depuis qu’elle a visité la ville-témoin (mannequins trop semblables aux humains qui fondent à chaque exposition nucléaire ou tests sur les animaux et les militaires pour étudier les retombées radioactives) et au discours rassurant de son époux, grand défenseur de la bombe atomique qui ne voit aucun risque à vivre si près du lieu de lancement (20km), elle n’en dit rien et accepte de jouer le jeu de la parfaite épouse, que ce soit en organisant ou en participant aux événements mondains liés aux essais ou en intégrant les clubs de lecture ou de marche des autres épouses, pendant que les maris partent travailler.

Un jour, une nouvelle voisine, Charlie, s’installe avec son mari violent et chef de la sécurité à la base, Harry. Les deux femmes se rapprochent, malgré leur caractère opposé, Charlie semblant rebelle, forte et glamour avec ses hauts escarpins rouges et son sourire arrogant, provoquant immédiatement la jalousie et hostilité des autres épouses, en particulier de Lucy qui la prend en grippe en la traitant de vulgaire et d’impolie et qui tente de découvrir ses secrets. Ensemble, elles commencent à rêver à une meilleure vie dans un ranch mexicain, loin de leur mari et des essais nucléaires. Cette soif de liberté leur sera-t-elle salvatrice?

Le duo Summer et Charlie m’a d’ailleurs fait penser à Thelma et Louise, film américain réalisé par Ridley Scott et sorti en 1991 avec dans les rôles-titre Geena Davies (Thelma) et Susan Sarandon (Louise). À l’instar de Thelma, Summer est considérée comme une femme-enfant par son mari qui la rabaisse et l’infantilise sans cesse quand il ne l’ignore tout simplement pas, sa femme n’étant qu’un faire-valoir pour son avancée sociale et professionnelle en tenant son foyer sans faire d’histoire et en organisant, comme les autres femmes de la base militaire, des atomic parties lors des lancements de bombe atomique. Puis, au contact de Charlie, la jeune femme timorée s’émancipe, à tout le moins tente-t-elle de le faire, de son mari (en s’achetant par exemple un jean sans son accord ou en se rendant dans un casino de Las Vegas, en prenant conscience de sa vie terne et ordonnée…) et de la perfidie des autres épouses, en particulier de Lucy, la femme du bras droit de son mari, Mike.

Il y est ainsi question de la condition de la femme américaine dans les années 50, d’inégalités Homme/Femme, d’émancipation féminine, de soif de liberté, de mariage, de maternité, d’homosexualité, de sororité, d’adultère, de violences conjugales, du poids des apparences et du statut social… Un bon voire très bon moment de lecture avec ce roman historique dramatique, à l’écriture fluide, aux courts chapitres rythmés et qui se termine sur une fin ouverte abrupte! 

Participation # Challenge Des livres (et des écrans) en cuisine 2023 de Bidib et Fondant #Cuisine américaine « atomique »

J’ai enfin noté quelques passages gourmands pour le Challenge Des livres (et des écrans) en cuisine avec les « thés trop chauds/fumants » et les « biscuits trop cuits » de Mrs. Burns (et sa belle amitié avec Summer et Penny), les barbecues « atomiques » et soirées cocktails où les épouses rivalisent entre elles pour être la meilleure hôte possible et proposer les meilleurs mets à la mode « atomique » (roulés à la saucisse, cupcakes, petits fours, coktails…) afin que leur mari puisse être bien vu de leur hiérarchie en retour.

Pour d’autres avis sur ce roman: Samarian.

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