Étiquette : Challenge Petit Bac 2026 (Page 3 of 9)

Au fil des pages avec Celui qui revient

J’ai lu Celui qui revient de Han Kang (éd. Le Livre de Poche, décembre 2024, 264 pages), un court roman paru pour la première fois en 2014 sous le titre Human Acts et pour lequel l’autrice coréenne a reçu le Prix Nobel de littérature en 2024. Au lendemain de la répression du mouvement populaire regroupant étudiants, lycéens, syndicalistes et tout autre citoyen coréen opposé à loi martiale, le jeune Tongho erre parmi les cadavres à la recherche de son ami disparu, un lycéen avec qui il avait manifesté la veille, comme d’autres proches de disparus. Un peu plus tard, Kim, travaillant dans une maison d’édition, tente de faire échapper un texte à la censure. Comment tout cela a pu arriver? Et comme continuer à vivre?

J’ai été déstabilisée au départ par le style d’écriture et l’emploi de la deuxième personne du singulier (un « tu » mettant par moment mal à l’aise , peu courant et que l’autrice n’a pas utilisée à chaque changement de narration) et le peu de repères chronologiques si ce n’est le quatrième de couverture qui mentionne le printemps 1980. Mais une fois habituée et renseignements historiques pris sur Internet, j’ai lu d’une traite ce récit qui s’ancre dans le soulèvement de Gwangju mais dont le propos est malheureusement intemporel.

L’autrice questionne sur la nature humaine (le pire et le meilleur de l’être humain), sur le sens de la vie et de la mort, sur la liberté face à l’oppression, la culpabilité des survivants… Avec le destin tragique de différents protagonistes qui s’entrecroisent au cours de ce soulèvement, le récit nous associe à cet espoir avorté de démocratie après le coup d’État du général Chun Doo-hwan, de l’espoir de liberté de la jeunesse coréenne réprimandé dans le sang, aux souffrances et traumatismes vécues pendant et après la répression avec la crainte d’être arrêté, torturé et tué à tout moment, l’autrice ne nous épargnant pas, par exemple, les actes de tortures pratiqués.

On y suit l’identification et le traitement des cadavres au lendemain de la répression militaire, une âme encore attachée à son corps parmi les nombreux cadavres entassés avant d’être jetés dans des fosses communes, l’attente des derniers manifestants retranchés, bien trop jeunes, avant l’assaut de l’armée, le deuil puis le devoir de mémoire des survivants au lendemain puis des années après… Une lecture forte au style épuré et dont j’ai apprécié l’épilogue en abîme!

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Déplacement: « Revient »

 

Au fil des pages avec le tome 2 de La petite faiseuse de livres

J’ai lu le week-end dernier le tome 2 de La petite faiseuse de livres de Miya Kazuki, Suzuka et You Shiina (éd. Ototo, février 2020, 160 pages), un manga shōnen à partir de 10 ans, l’autrice adaptant sa série de light novels éponyme. J’ai retrouvé avec plaisir Urano Motosu réincarnée en Naïm, une fillette de 5 ans toujours aussi chétive et en proie à de violentes fièvres qui la clouent plusieurs jours au lit. Pour autant, grâce à ses connaissances issues de son ancienne vie et malgré une santé fragile et l’arrivée de l’hiver qui retarde ses plans, elle est toujours aussi déterminée à fabriquer un livre. Après l’échec du parchemin, aura-t-elle plus de réussite avec les tablettes d’argile? 

A travers la quête de la fillette, j’ai apprécié en découvrir un peu plus sur sa nouvelle vie au sein d’Ehrenfest et des liens qu’elle a réussi à tisser entre les membres de sa famille, sa relation avec son père Gunther s’améliorant ou avec son entourage comme son ami Lutz, du même âge qu’elle ou Otto, le soldat travaillant sous les ordres de son père et qui fait d’elle son assistante. Il s’agit ainsi avant tout de tranches de vie du quotidien de la fillette qui a bien du mal à s’adapter à sa nouvelle vie, privée de livres et d’autres objets modernes ou du confort de son ancienne vie. Même les fruits et légumes sont étranges et teintés de magie, comme le paroutier dont la cueillette des fruits (les parous), en hiver, est surprenante et compliquée. 

Graphiquement, elle me plaît toujours autant, en particulier dans ce tome les passages hivernaux, la neige et le blizzard obligeant les habitants à se confiner chez eux, les réserves s’amenuisant et la famille de Naïm s’éclairant à la bougie. Encore un bon moment de lecture avec cette biblio-fantaisie! J’ai d’ailleurs enchaîné avec le tome 3 qui développe encore plus le fonctionnement d’Ehrenfest fortement inégalitaire entre les riches et les pauvres et qui prolonge les préparatifs du baptême de sa sœur aînée Tuuli, une cérémonie permettant à tout enfant de 7 ans de devenir citoyen de la ville et de pouvoir débuter son apprentissage. 

Participation #10 Un Mois au Japon 2026 de Lou et Hilde #Manga shōnen

Participation #30 Challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore #Manga Shōnen

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Objet: « Livres »

Au fil des pages avec La salle de bal

J’ai lu La salle de bal d’Anna Hope (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, août 2017, 400 pages), un roman choral historique se déroulant, en 1911, dans l’asile de Sharston, dans le Yorkshire, en Angleterre avec le point de vue de trois personnages principaux: Ella Fay, nouvelle internée, pauvre et illettrée, après avoir cassé une vitre dans l’usine de filature où elle travaillait depuis son enfance, John Mulligan, un Irlandais mélancolique arrivé il y a 2 ans et le Dr. Charles Fuller, un psychiatre violoniste prenant fait et cause pour les thèses eugénistes et le projet de loi sur le contrôle des faibles d’esprit soutenu par Churchill, alors Ministre de l’Intérieur.

Sous l’impulsion du Dr. Charles Fuller et afin d’améliorer le traitement des personnes internées, des bals sont organisés le vendredi soir, permettant aux hommes et aux femmes de se rencontrer et de danser dans des conditions strictes. C’est ainsi qu’Ella et John vont pouvoir se côtoyer. Et si un avenir à deux était possible? 

J’ai bien plus apprécié ce roman que Ce qu’elle a laissé derrière elle d’Ellen Marie Wiseman (éd. Faubourg-Marigny, mars 2023, 400 pages) et Le Bal des folles de Victoria Mas (éd. Albin Michel, août 2019, 256 pages). Il aborde pourtant les mêmes thèmes mais le récit est bien plus étoffé et mieux amené, que ce soit dans les liens unissant les personnages ou la vie quotidienne au sein de l’asile, chacun devant contribuer à son fonctionnement, les hommes dehors, souvent dans les champs et les femmes à la buanderie ou dans les cuisines. Au-delà de la vie au sein de l’asile, ce sont les choix politiques au sein de la société anglaise du début du XXe siècle qui sont questionnés. J’ai ainsi trouvé que l’arc narratif autour du médecin psychiatre, refoulant son homosexualité, était bien plus pertinent ici en apportant un enjeu sociétal autour des traitements psychiatriques. Quelle politique de santé mentale privilégier?

Et que dire des patients considérés comme instables non en raison d’un trouble psychologique mais car indigent ou vu comme asocial et anticonformiste? A ce titre, l‘histoire de Clem, une autre jeune femme internée et se liant d’amitié avec Ella est touchante et révoltante. Celle-ci appartient à une famille aisée, son internement lui apparaissant moins pire que le mariage arrangé qu’elle a réussi à fuir et lui permettant d’accéder à sa passion, la lecture. Mais jusqu’à quand?

Il y est ainsi question de la prise en charge psychiatrique au début du XXe siècle, de stérilisation forcée, de seconde chance, de la condition de la femme, d’inégalités sociales, de dépression, de prémisses d’art-thérapie par la danse, d’émancipation, de quête de liberté…  Un très bon moment de lecture! Il me reste désormais à découvrir Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon (éd. du Sous-sol, février 2025, 400 pages). 

Participation #1 Le Mois Anglais 2026 de Lou et Martine #Roman historique

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #3 Catégorie Musique: « Bal »

Au fil des pages avec Nourrices

J’ai lu Nourrices de Séverine Cressan (éd. Dalva, août 2025, 272 pages), un court roman se déroulant dans la campagne française, sans doute au début du XIXe siècle. Épouse d’un bûcheron Andoche et d’un petit garçon Jehan, Sylvaine devient une nourrice comme d’autres femmes de son village. Pour sa première fois, elle se voit confier un bébé de la Ville, Gladie Chagnon, sa jeune mère étant une domestique devant être nourrice du bébé de la famille bourgeoise qui l’emploie. Mais lorsque le bébé décède, elle l’échange avec un autre bébé abandonné avec un carnet qui raconte son histoire quelques jours plus tôt dans la forêt. Mais le subterfuge pourra-t-il tenir alors que, quelques mois plus tard, Sylvaine se retrouve, à nouveau enceinte et entraînant alors le sevrage du bébé dont elle a la garde? 

J’ai été déconcertée par un premier chapitre qui pose le ton du récit, dans une dimension ésotérique et onirique ainsi que l’insertion de courts poèmes auxquels je n’ai pas été sensible tant ils m’ont paru incongrus. Il est avant tout question de la relation maternante, très charnelle, de Sylviane à l’égard des enfants, que ce soit les siens ou ceux recueillis. Je m’attendais à ce que le système des nourrices soit plus détaillé et plus réaliste, celles-ci passant ici par un intermédiaire méprisable, La Chicane qui sert de meneur en faisant le lien entre le bureau de placement ou l’orphelinat, récupérant les enfants placés par leur famille ou abandonnés dans les tours d’abandon et en distribuant les salaires.

La marchandisation des corps des femmes allaitantes y est pourtant bien montrée, pour des raisons avant tout économiques, que ce soit du côté de la nourrice ou de la mère confiant son nourrisson pour pouvoir continuer à travailler, souvent du milieu urbain ouvrier, ou lorsque la mère appartient à la bourgeoisie, pour des raisons sociales (mondanités, signes extérieurs de richesse d’avoir une nourrice à demeure ou tabou des relations sexuelles pendant l’allaitement, ce qui entraîne un retour de couches précoces et de nouvelles grossesses…).

J’aurai également apprécié des personnages moins caricaturaux, entre la « brave » paysanne bientôt veuve, le détestable meneur profiteur qui se fait de l’argent sur le dos de ses pauvres nourrices, la « méchante » nourrice qui fait peu de cas des bébés confiés sans qu’il n’y ait la moindre conséquence, une vieille femme connaissant les secrets des plantes et un brin sorcière, une jeune domestique à la merci de son riche employeur qui l’a violée mais sachant lire et écrire, une mère bourgeoise mondaine dont l’emprise du mari et la perte de son bébé la pousseront dans la folie…

Sont ainsi dépeints différents figures liées par cette industrie du lait entre les mains des hommes ayant eu cours jusqu’au début du XXe siècle et étant bien ancienne, d’abord au sein de l’aristocratie française où il était mal vu d’allaiter, acte perçu comme rabaissant le corps à sa partie bestiale et servant de contraception allant à l’encontre de produire un héritier. Mais n’est-ce pas aux femmes de choisir et d’être libres de leur corps, sans contrôle patriarcal permanent et oppressant? 

Il y est ainsi question de la mise en nourrice à emporter ou sur lieu, de la surmortalité infantile très élevée qui en découle et qui aboutira à la Loi Roussel du 23 décembre 1974 sur la protection des enfants du premier âge (« Tout enfant âgé de moins de deux ans, qui est placé, moyennant salaire, en nourrice, en sevrage ou en garde, hors du domicile de ses parents, devient, par ce fait, l’objet d’une surveillance de l’autorité publique ayant pour but de protéger sa vie et sa santé »). Un lecture en demi-teinte qui vaut surtout pour la mise en avant du métier de nourrices, sevreuses ou gardeuses dont le rôle était si importante dans la vie de nombreux nourrissons, avant l’arrivée du lait en poudre stérilisé et du développement au XXe siècle de la mère au foyer permettant l’allaitement, pour des raisons encore une fois financières avant l’intérêt de l’enfant et de la création des lactariums qui permettent le don de lait maternel! 

Pour d’autres avis plus enthousiastes sur ce roman: Eimelle et Alexandra.

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Mot au pluriel: « Nourrices »

 

Au fil des pages avec Lalie en l’air

J’ai lu Lalie en l’air d’Anne-Sophie Kalbfleisch (éd. du Rouergue, avril 2026, 128 pages), un court roman se déroulant entre 1994 et 1996, en Belgique. En 1994, à Louvière, Lalie, une petite fille âgée de 10 ans s’ennuie, entre des parents absents pour leur travail et des frère et sœur plus grands qu’elle qui la délaisseny, elle part se promener au bord du canal et se lie d’amitié avec un homme âgé, solitaire et discret en pénétrant, un jour, dans son jardin. Il devient important dans la vie de la petite fille en l’aidant pour ses devoirs ou lui faisant découvrir les oiseaux, la lecture et la musique classique… Lalie apprécie ce temps passé en sa compagnie, dans le potager ou chez lui. Mais l’attention portée par Mark est-elle vraiment sans arrière-pensée? 

Construit en trois parties, le récit se place sous le point de vue, à la deuxième personne du singulier, de Lalie, de sa meilleure amie Sophie qui rêve de devenir détective et qui la met en garde et de Mark. Dans un climat anxiogène marqué par des enlèvements d’enfants qui ont croisé la route d’une camionnette blanche, l’amitié entre Lalie et Mark devient de plus en plus suspecte, sans que Mark, comme par le passé, ne se défende. Au fil des pages, le drame semble inéluctable. Mais lequel? 

L’autrice nous replonge dans la société belge dans les années 90 et marquée, comme les pays frontaliers, par l’affaire Dutroux. Mark est-il un délinquant sexuel ou une victime des préjugés à l’égard des homosexuels, l’amalgame n’étant jamais loin? Même si le style à la deuxième personne du singulier m’a déroutée, j’ai apprécié ce court roman tout en nuances et qui instille le doute crescendo. L’autrice réussit à décrire deux personnages solitaires tout en fragilité et qui, chacun à leur façon, apporte tendresse et petites joies du quotidien dans la vie de l’autre. Un bon moment de lecture qui se termine sur la Marche blanche du 20 octobre 1996!

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #4 Catégorie Prénom: « Lalie »

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