Étiquette : condition de la femme (Page 3 of 22)

Au fil des pages avec Le secret de Miss Greene

J’ai lu, en version numérique via ma médiathèque, Le Secret de Miss Greene de Nicolas Antona et Nina Jacqmin (éd. Le Lombard, janvier 2025, 152 pages), un roman graphique pour adultes même si classé à partir de 12 ans selon l’éditeur. Après le décès de sa grand-mère maternelle, Belle Greener scelle un pacte avec sa mère et ses jeunes frères et sœurs pour se déclarer comme une famille blanche, sans aucune ascendance afro-américaine, en déménageant à New-York sous l’identité de Da Costa Greene, d’origine portugaise et pouvant expliquer le teint olive de la jeune femme et de son frère. Ils devront garder secret leur ascendance afro-américaine et ne pas avoir d’enfant afin de ne pas trahir leur secret. Grâce à ce « passing » risqué, au début des années 1900, la jeune femme peut suivre une scolarité interdite aux personnes de couleur et se former au métier de bibliothécaire, intégrant l’université de Princeton avant d’obtenir son premier poste. Mais pourra-t-elle conserver toute sa vie le secret de cette transgression et renier sa véritable identité?

Graphiquement, ce roman graphique m’a bien plu, tout comme découvrir l’histoire de Belle Da Costa Greene (1879/1950), même si j’ai trouvé que le récit était un peu trop linéaire et manquait en quelque sorte de souffle épique et de profondeur alors même que tout se prêtait à plus de tension dramatique. J’ai eu l’impression, en effet, que le secret de la jeune bibliothécaire était presque sans réelle conséquence au quotidien tant rien ne semble contrarier la jeune femme tant dans son ascension professionnelle auprès du puissant et riche magnat financier, banquier et collectionneur d’art, John Pierpont Morgan, propriétaire de la prestigieuse Morgan Library que dans sa vie amoureuse, en particulier sa relation passionnée avec Bernard Berenson, un historien réputé de l’art spécialiste de la Renaissance italienne et marié.

Plus que le secret des origines afro-américaines cachées de l’héroïne, il s’agit avant tout d’une quête d’émancipation féminine d’une jeune femme passionnée de livres, dans une société américaine profondément ségrégationniste et patriarcale. Elle devient une redoutable et admirée négociatrice en art et toute sa vie durant, refuse d’avoir des enfants. Elle se révèle cultivée, déterminée, audacieuse et libre de vivre comme elle l’entend, même si c’est au prix de ses véritables origines et alors que son père est un activiste pour les droits des Afro-américains. Mais sans ce secret, Belle aurait-elle pu avoir la même vie? Un bon moment de lecture très intéressant et qui se termine sur un court dossier biographique! 

A travers la biographie romancée de Belle Greene, il y est ainsi question de la One Drup Rule (la « règle de l’unique goutte de sang ») issue des lois ségrégationnistes en vigueur jusqu’en 1694 et qui divisait, de façon discriminatoire, la population américaine en deux catégories: les « White » et les « Colored », la mention étant portée sur les papiers d’identité et conditionnant toute une vie de discriminations ou non. Cela poussait de nombreux Afro-américains à la peau claire, au cheveux lisses et de type caucasien du fait de leur métissage à se faire passer pour des blancs, comme l’a fait la famille de Belle Greene. Mais le « passing » n’était pas sans risque pour celles et ceux qui étaient démasqués tant la « noirceur invisible » était redoutée par les ségrégationnistes.

Il y est aussi question de la condition de la femme afro-américaine, du monde de la culture et de l’art, la jeune femme parcourant le monde et les salles de vente à la recherche de la meilleure acquisition pour la Morgan Library, de l’histoire américaine avec le krach boursier de 1907 ou le naufrage du Titanic (JP Morgan en ayant été le propriétaire)… 

Peut-être que le roman s’inspirant de sa vie, Belle Greene d’Alexandra Lapierre (éd. Flammarion, janvier 2021, 544 pages) et que j’ai prévu de lire également, une fois emprunté  à la médiathèque, reviendra davantage sur les difficultés au quotidien de cette transgression? 

Pour d’autres avis sur ce roman graphique: Nathalie, Tachan et Enna.

La BD de la semaine chez Noukette pour cette semaine

Participation #1 AAHM Challenge 2026 d’Enna

Au fil des pages avec Les 7 vies extraordinaires de Devi Kumari

Pour une lecture commune avec Hilde dans le cadre de son challenge Les Étapes Indiennes 2026, j’ai lu, en e-book, Les 7 vies extraordinaires de Devi Kumari de Vikas Swarup (éd. Belfond, octobre 2025, 386 pages), un roman contemporain se déroulant en Inde. Une jeune femme de 25 ans, Devi Kumari doit confesser face caméra ses crimes qui ont jalonné sa courte vie à son ravisseur masqué ayant mis sa vie aux enchères, les potentiels « acheteurs » étant des individus qu’elle a croisés dans sa vie et qui réclament vengeance. Qu’est-il arrivé à cette jeune femme? Qui est son ravisseur? Fait-il partie de celles et ceux qu’elle aurait lésés, de près ou de loin, par ses actions?

La dureté du prologue accrocheur donne le ton avec l’enlèvement en pleine rue de Mumbai (anciennement Bombay) d’une esthéticienne et nous entraîne dans un véritable page-turner, l’intrigue étant immédiatement prenante. Chaque épisode de la vie de la jeune femme donne envie de connaître la suite d’autant que chaque fin de chapitre se replace au moment de sa captivité auprès d’un ravisseur qui prend un malin plaisir à faire monter les enchères sur sa vie de plus en plus sur la sellette, à l’instar d’une Shéhérazade des Mille et une nuits

A travers le personnage principal féminin, c’est l’évolution de la société indienne contemporaine qui est dépeinte, en critique sociale, par l’auteur sur 25 ans, de la fin des années 90 à nos jours, en passant même par la période de pandémie Covid-19 et à travers tout le pays, chaque nouvelle identité de la jeune femme entraînant un changement de lieu de vie. Rien ne semble avoir épargné la jeune femme qui malgré son jeune âge et ses différentes identités a vécu tellement de choses, faisant des choix plus ou moins discutables pour survivre et échapper à la violence et à la misère (pauvreté dans un bidonville, orpheline à la rue, mendicité avec son chien, détention dans un centre de surveillance pour jeunes filles, membre d’une secte, faussaire, infirmière dans un hôpital…). 

Certes, tout est fait pour donner envie aux lecteurs de savoir la suite et l’intrigue repose par moment sur une rencontre fortuite fort à propos ou retournement de situation arrivant à point nommé, pour ne pas dire facilités scénaristiques, pour entretenir la tension dramatique. Cela n’a pourtant pas gêné ma lecture tant je me demandais ce que la jeune femme allait devoir encore inventer pour prendre en main son avenir en franchissant ou non la ligne rouge ou en liant certaines amitiés qui peuvent, à tout moment, se retourner contre elle. 

Devi se révèle être pleine de ressources, résiliente face aux épreuves traversées et apprenant de ses expériences passées, plus ou moins éprouvantes ou légales, ne se laissant pas rabaisser à un statut de victime défavorisée. De nombreux thèmes sont ainsi abordés, de façon plus ou moins détaillée: enfants des rues, mères porteuses, inégalités sociales, corruption et impunité au sein des élites ou de la police, pouvoir de l’argent, influence alarmante des gourous, criminalité organisée, émancipation féminine, voyeurisme, marchandisation de la souffrance et des corps, quête d’identité, émancipation féminine et plus largement condition de la femme dans une société patriarcale… Un bon moment de lecture avec ce page-turner, à la fois film roman Bollywood, roman d’apprentissage et thriller psychologique!

Je n’ai pas lu les autres romans de cet auteur ni vu l’adaptation en film de l’un d’entre eux, Slumdog Millionaire. Je compte bien les découvrir dès que se faire se peut en commençant peut-être par Meurtre dans un jardin indien, un roman policier disponible à ma médiathèque en ce moment. 

Pour d’autres avis sur ce roman: Hilde (qui a tout autant apprécié que moi). 

Participation #1 Les Étapes Indiennes 2026 de Hilde #LC

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #2 Catégorie Prénom: « Devi »

Participation #4 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Thriller psychologique

Au fil des pages avec La dame au petit chien

En lecture commune avec Nathalie et Isabelle, j’ai lu La dame au petit chien d’Anton Tchekhov (éd. Le Livre de Poche, rééd. juin 2025, 30 pages), une nouvelle russe parue pour la première fois en décembre 1899 et se déroulant à Yalta avec la liaison entre Dmitri Dmitrich Gourov, un banquier moscovite de moins de quarante ans et Anna Serguéievna von Diederitz, âgée de 25 ans et vivant à Saint-Pétersbourg, la « dame au petit chien », un loulou blan, tous deux mariés. Et si une liaison sans lendemain ne l’était finalement pas?

On y suit avant tous les conséquences de cette liaison du point de Gourov qui contre attente se retrouve à « aimer » pour la première fois de sa vie alors qu’il ne pensait à vivre une énième liaison frivole, s’amusant de séduire des femmes pour mieux les rejeter. J’ai apprécié le style d’écriture et lire cette nouvelle sur une histoire pourtant maintes et maintes fois lue et dont j’ai apprécié tourner les pages. Une vie est-elle possible entre ce séducteur repenti et cette jeune femme malheureuse en ménage? Un très courte nouvelle avec une fin très ouverte! On peut s’imaginer une fin plus cynique, un coureur de jupon prix à son propre piège et rejetée par la jeune femme ou une nouvelle vie à deux, l’amour triomphant…

* * *

Puis j’ai lu la seconde nouvelle, plus longue, de mon édition et parue pour la première fois en 1894: Au royaume des femmes (58 pages), lors d’un Noël vécu par Anna Akimovna, une riche héritière et orpheline d’une usine sidérurgique, âgée de 25 ans et célibataire, victime du syndrôme de l’imposteur, ne se sentant ni à sa place à la tête de l’usine qu’elle a héritée et se sentant profondément seul, au point d’envisager un de ses salariés, Piménov.

La jeune femme est touchante et finalement profondément humaine, rêvant à un mariage d’amour et les moyens d’être à la hauteur de ses nouvelles responsabilités qui la terrifie, se cachant derrière l’image d’une généreuse bienfaitrice. Elle se sent terriblement seule, même en cette période de Noël, les gens défilant chez elle pour lui présenter ses vœux et obtenir leurs étrennes.

On retrouve également dans cette nouvelle la question sur l’amour et sur le sens de la vie. Un bon voire très moment de lecture également même si l’auteur laisse le lecteur avec autant de peu de réponses que l’héroïne sur son futur! J’ai apprécié ce personnage féminin, « une femme fin de siècle ». Comme surmontera-t-elle sa nature pusillanime et être plus audacieuse? Parviendra-t-elle à gérer l’usine? Finira-t-elle par se marier par amour? Ou se fera-t-elle abuser par un mari qui dilapidera sa fortune ou par des salariés, comme le directeur de l’usine corrompu? Cela m’a donné envie de lire d’autres écrits « tranches de vie » de Tchekhov. 

Pour d’autres avis sur La dame au petit chien: Nathalie et Isabelle

Participation #2 au Challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie #nouvelles russes (1899 et 1894)

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #1 Catégorie Animal: « Chien »

Participation #13 Challenge il était 13 fois Noël de Chicky Poo et Samarian #Nouvelle

Participation #11 Challenge Christmas Time 2025 de MyaRosa #Nouvelle

Participation #1 Le Mois Russe 2025 de Bianca #Nouvelle

Au fil des pages avec La particule

J’ai lu La particule de Nadine Luton-Walter (éd. Presses de la Cité, septembre 2025, 368 pages), un roman historique se déroulant en 1895, dans un petit bourg alsacien. Depuis le décès de son père un an auparavant, Fanny Frémont, âgée de 24 ans, tente de sauver l’agence immobilière de la faillite. Lors d’une nouvelle visite désastreuse d’un bien à vendre, elle surprend une conversation qui pourrait tout changer, celle entre Tancrède de Chassagne de Montbazon et sa fiancée, Isaure de la Châtrie, qui vient de lui faire faux bond, lui reprochant de ne pas suffisamment l’aimer. Pourquoi ne pas s’arranger avec ce jeune homme en se faisant passer par sa fiancée afin de décrocher la vente du château Granville dont le propriétaire ne veut signer qu’avec un nom à particule et dont Tancrède est l’un des aristocrates invités? Chacun en serait gagnant, lui pour sauver ses fiançailles grâce à l’argent de la vente et elle, son agence immobilière qui pourvoit à toute sa famille. Mais leur arrangement sera-t-il aussi facile à mettre à exécution? La jeune femme, audacieuse et indépendante, n’est pas prête à perdre. 

J’ai apprécié ce premier roman de l’autrice plein d’humour, sous fond de comédie romantique et vaudeville qui prend, par moments, des airs de théâtre de boulevard. Les rebondissements, quiproquos, faux-semblants et manigances commerciales s’enchaînent avec frénésie, malice, humour et jeux de mots. L’alchimie entre Fanny et Tancrède fonctionnent à merveille malgré leur caractère bien différent et leur différence de classes sociales. Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste. Il y est ainsi question d’ascension sociale, d’inégalités sociales (entre aristocrates et domestiques notamment), de la condition de la femme à la fin du XIXe siècle, Fanny aspirant à s’émanciper et à s’affranchir des conventions sociales de l’époque, avec le soutien de sa famille, d’identité (un individu est-il réduit à sa particule?)… Un très bon moment de lecture!

Au fil des pages avec le tome 2 de Lady Sherlock

Fin décembre, j’ai lu, en e-book, le tome 2 de Lady Sherlock, Conspiration à Belgravia de Sherry Thomas (éd. J’ai lu pour elle, coll. Aventures & Passions, juillet 2021, 384 pages),un roman(ce) policier historique se déroulant à Londres, quelques temps après la fin du tome précédent. Pour sa prochaine enquête, Charlotte Holmes accepte d’aider Lady Ingram à retrouver son premier et unique amour, avant son mariage arrangé, qui n’est autre que le demi-frère illégitime de Charlotte, Myron Finch. A défaut d’être jalouse de cette épouse, Charlotte peut-elle vraiment accorder toute sa confiance à Lady Ingram? Que cache-t-elle dans sa volonté désespérée de retrouver Monsieur Finch? 

J’ai une fois de plus apprécié ce deuxième tome qui met surtout l’accent sur l’enquête, Charlotte Holmes se révélant toujours aussi intelligente et détachée de toute émotion et sentiment à l’image de son alter ego masculin qu’elle s’est inventée, Sherlock Holmes (tout sentiment amoureux étant par essence voué à être éphémère et périssable). Elle ne voit donc aucune difficulté à aider l’épouse de son meilleur ami pour qui elle a un faible, Lord Ingram, même si Madame Watson serait plus encline à lui en parler, par loyauté amicale. En revanche, serait-elle prête à se marier, le frère aîné de Lord Ingram, lord Bancroft lui proposant, une nouvelle fois, de l’épouser, titillant son esprit avec des énigmes à élucider? 

Outre l’enquête dont le dénouement m’a agréablement surpris, les personnages secondaires, comme Livia, Pénélope Redmayme (la nièce de Mme Watson) ou l’inspecteur Treadles sont aussi intéressants et reflètent, à travers leurs doutes et interrogations, la société anglaise de l’époque: condition de la femme, inégalités sociales, mariage arrangé, sort des enfants illégitimes… Encore un bon voire très bon moment de lecture! Au vu de la rencontre finale, je ne vais pas tarder à enchaîner avec le tome suivant, Le mystère de Stern Hollow (éd. novembre 2024, 386 pages) et dans lequel c’est au tour de Lord Ingram d’être en difficulté et de chercher l’aide de Charlotte. 

J’ai enfin, noté de nombreux passages gourmands, Lady Charlotte étant aussi gourmande qu’elle est intelligente, « pren(ant) la nourriture très au sérieux » (p.18): muffins beurrés, cake aux fruits, thé avec « du sucre et un nuage de crème »; « une boîte renfermant un assortiment de croissants, de mille-feuilles et de choux à la crème », crème fouettée aux myrtilles, une petite tarte aux poires et un assortiment de mignardises avec un thé noir, pancake, « un excellent pâté en croûte, de fines escalopes de poulet délicatement saisies, une part de pudding plus délicieux encore et une profusion de baies d’été à déguster d’une manière que Charlotte ne connaissait pas encore, trempées dans une petite coupelle de lait condensé » (p.254)…

Pour d’autres avis sur ce tome 2: Belette.

Participation #1 Un hiver Polar 2026 d’Alexandra #Roman policier historique

Challenge Petit Bac 2026 d’Enna #1 Catégorie Lieu: « Belgravia »

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